Lisson - infos autour de la vigne et du vin - et d'autres choses

des goûts et des couleurs...

21 Janvier 2006, 20:27pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Beaucoup de réactions sur „Les Perles aux Cochons“ – comme toujours, cela m’amène à y réfléchir  pendant ma journée dans la vigne.

J’ai refait un voyage en arrière, pour me rappeler mes premières expériences et rencontres avec le vin, retracer mon cheminement vers « la noble boisson »…

Je suis née dans une ville et une région d’Allemagne, qui est plus réputée pour ses brasseries que pour son vignoble – c’est simple, il n’y en a pas.

La boisson quotidienne pour les hommes étaient la bière – les femmes (au moins dans ma famille) n’en buvaient pas, peut-être une bière à la malte, sucrée, qui était réputée d’être saine pour les femmes allaitantes et qui était parfois autorisée en petite quantité pour les enfants.
Je ne pense même pas, qu’il y avait des verres à table pour les repas de tous les jours.

Le vin faisait son apparition pour des occasions exceptionnelles, comme les fêtes de famille, les anniversaires, les mariages, Noel. Là, on sortait les verres en cristal et on ouvrait une bouteille, achetée express pour ce jour là. D’habitude un vin blanc, doux, de préférence de la Moselle et acheté au supermarché, genre Liebfrauenmilch ou Kröver Nacktarsch, probablement à cause des noms, sur lesquelles on pouvait digresser à table (lait des femmes gentilles et cul nu de Kröv).

J’aimais les verres, mais je ne m’intéressais pas au contenu – et c’est resté comme cela jusqu’à ce que je commence mes études. Entre étudiants, nous partagions un grand plat de spaghetti pour les repas en commun et la mode était aux bouteilles de deux litres d’un vin rouge italien très bon marché – genre Valpolicella – du temps en temps une bouteille de Chianti – de préférence une de ces bouteilles enveloppées de paille, par ce qu’on pouvait l’utiliser après pour y mettre des bougies « coulantes » et avoir ainsi après quelque temps une pièce de décoration comme dans les premières pizzerias, qui commençaient à ouvrir dans les villes.

Les deux vins avaient la réputation de faire mal à la tête et n’incitaient pas à devenir « amateur » de cette boisson.

Quand je commençais à avoir les moyens de sortir au restaurant du temps en temps, j’avais appris d’un « connaisseur », que la méthode la plus sure, pour ne pas tomber dans le piège du vin blanc sucrée (qui faisait également mal à la tête), était, de commander une bouteille avec un sigle jaune pour « diabétiques » - synonyme d’un blanc sec à l’époque.

À la maison, pour les repas avec des invités, nous avion entre temps dégotté l’adresse d’un vigneron de la Weinstraße dans le Sud de l’Allemagne, qui faisait un blanc sec (plutôt acide), qu’il vendait en bouteille d’un litre et qu’il livrait dans des casiers en bois pour 20 bouteilles jusqu’à la maison une fois par an. Nous buvions cela avec tout (les amateurs de rouge achetaient des cubies de 5 litres de vin français à l’époque, qu’ils servaient dans des brocs en verre). Les bouteilles vides étaient stockées dans leur casier à la cave et reprises par le vigneron à sa prochaine tournée des clients.

Par mis tous nos amis, il y avait qu’un seul « passionné » de vin, qui nous racontait parfois ses réunions de dégustation avec ses amis plus fortunés, qui avaient une « cave » à la maison. C’est pour lui aussi, que j’achetais la première grande bouteille de ma vie : pour lui remercier d’un service, qu’il m’avait rendu, j’allais jusqu’à Cologne chez un caviste, acquérir une bouteille de Mouton Rothschild, vin dont je l’avais entendu parler avec tant d’émotion. Je pense, c’était le millésime avec l’étiquette signée de Marc Chagall, donc probablement le 1970, que j’ai payé quelque chose comme 35 € à l’époque – pour moi une folie, comme on ne les fait que pour un vraie ami.

Ma connaissance en vin – allemands ou français – s’arrêtait là, quand j’arrivais en France, dans le Languedoc et ainsi en pleine région viticole, où le vin était un aliment des repas de tous les jours chez les gens, que je rencontrais ensuite.

Mais là aussi, je n’aurais pas de sitôt développé mon goût, par ce que chez les copains, on buvait du rouge acheté en cubie à la coopérative du coin ou, si on voulait du meilleur, chez le premier vigneron en cave particulière dans la ronde (Navarre à Roquebrun – pour ne pas le nommer). Je n’aurais jamais découvert le plaisir du vin, si je ne serait pas tombé sur Claude Rudel, fils de viticulteur du côté de Lodève, élevé depuis tout petit avec la petite goutte de rouge, pour colorer le verre d’eau à table, mais bourlingueur dans sa jeunesse, qui avait découvert en voyageant, qu’il y avait autre chose que le gros rouge qui tache. En Suisse, en Belgique – chez des gens, qui lui faisaient découvrir les Bordeaux et des Bourgogne et qui nous apprenaient lors de leurs visites, que même dans le Midi, il y avait des vignerons, qui s’étaient émancipés du Carignan et élaboraient des bouteilles, qui leur valaient le déplacement des amateurs du Nord.

Et c’est de là, qu’est partie l’aventure de Lisson : de l’idée, que chez nous aussi, on pouvait travailler un terroir propice à autre chose qu’à la « bibine », si on se donnait la peine.

François Guy de Château Coujan, grand homme du vin et précurseur des cépages nobles dans la région avec ses Vins de Pays Cabernet-Merlot, ses Mourvèdres de sa propre sélection massale était notre premier idole – Emile Guibert de Daumas Gassac, plus marketing dans sa démarche, lui emboitait le pas. Le cercle des vignerons qui se rencontraient lors des journées de Béziers Oenopole, organisées avec brio par Pascal Frissant, nous encourageait dans la démarche.

Morale de toutes ces réminiscences ?

On peut arriver à la passion du vin par des voies détournées. Il y a un âge pour les boissons « fun » - une mode ne forme pas forcement le goût, mais n’empêche pas  non plus de faire d’autres expériences après. Les voyages forment le goût – et notre goût peut évoluer, tant qu’il y a des fous, qui s’entêtent à nous fournir le fruit de leur passion.

L’ami d’antan a probablement bu son Mouton Rothschild entre temps – à l’époque, j’aurais refusé d’en boire, pour ne pas mettre « des perles aux cochons » - tellement j’aurais été sure, de ne pas pouvoir juger de la différence… Il m’a téléphoné il y a deux ans, pour me féliciter de ma première cuvée des Échelles de Lisson





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SégolÚne 23/01/2006

Bonne année Iris et encore bravo pour vos articles.
 
A propos de ce nouveau type de marketing, une fois de plus nous avons un exemple de la mauvaise façon qu'utilisent certains vignerons pour vendre ler mauvais vins. Plutôt que de faire du bon vin et d'éduquer les jeunes de façon intelligente à la dégustation de vin, on les poussent à boire en achetant de la bibine pas. Pas cher donc on peut en acheter beaucoup et boire trop, alors qu'il faut boire bon et à son prix,  mais plus modérement.

Jean paul (Vigneron Blog) 24/01/2006

Bravo Iris!
C'est trés chouette de vous lire. Votre Amour des bonnes choses de la vie et plus particuliérement du vin et l'art de communiquer votre joie sont vraiment formidable!

P'titphilou 29/01/2006

Superbe texte, Iris.
Vous lire est un réel plaisir et source de bonheur.
Merci.
Phil

tiuscha 30/10/2010



Clair, en vin comme en toute autre chose, une rencontre avec un passionné est souvent un déclencheur... Intéressante lecture, témoignage riche en enseignement



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