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Lisson - infos autour de la vigne et du vin - et d'autres choses

Dégustations du millésime 2005 "sauvages"

15 Avril 2006, 16:37pm

Publié par Iris Rutz-Rudel



Parmi les visites à Lisson avec dégustation à la cave, que nous recevons du temps en temps, voici deux, qui ont fini sur des notes un  peu inhabituelles, voir sauvages pour ce genre d’exercice.

Encore que les dégustations se passaient encore très classiques : après un tour dans les vignes plus au moins longue, selon l’envie et la forme du visiteur, nous revenons à la maison et poursuivrons le chemin du raisin à travers la pièce du haut avec ses cuves et le pressoir, jetons un coup d’œil à travers la trappe dans le sol, quand j’explique le transvasement des jus  par gravité, pour finalement contourner la maison vers le bas et rentrer dans la cave à barriques.

Je suis contente de pouvoir de nouveau faire déguster des vins à la barrique : après l’élimination volontaire du millésime 2004, qui laissait bien sûr un vide à la cave, c’est au millésime 2005, de reprendre le relais. Mourvèdres et Pinots ont finis depuis décembre leurs fermentations malolactiques, les Cabernets dans leurs petit tonneau montrent encore quelques gaz – et se font remarquer par un plop bien pétante, quand je tire la bonde.

La longue période de froid cet hiver à aidé aux vins de se décanter encore plus que d’habitude.  Les échantillons tirés à la pipette sont donc d’un rouge limpide et brillant,  les nez très nets  et en bouche, tous les trois font de nouveau preuve de cette fraicheur, qui surprend toujours dans les vins de Lisson, même dans les années chaudes et de grande maturité des raisins. Pour le Mourvèdre, des tanins bien élégants, sans aucune rugosité, plutôt sur des notes florales, comme toujours en première année d’élevage – plus de structure tannique encore anguleuse présente en bouche pour Pinot et Cabernets (les derniers  déjà assemblés avec Cot et petit Verdot), un soupçon de boisé, mais point trop. Vu que tous les vins sont élevés en bois de plusieurs vins, ce n’est pas étonnant. Je ne cherche pas un goût de bois par l’élevage, mais je profite plutôt du contenant barrique pour une oxygénation ménagée des vins pendant l’élevage et une bonne clarification naturelle, qui m’évite toute intervention de collage ou filtration avant la mise en bouteille.

C’est vrai,  là, en début du printemps, où le chai commence tout juste à remonter un peu en température (10 °C à la place du minimum de 8°C pendant l’hiver),  j’ai beaucoup de plaisir, à présenter mes vins « nouveaux », qui me gratifient de l’impression, que les soins donnés jusque là leur ont fait du bien : des bien beaux adolescents, plein de force, mais étonnement bien élevés, bien léchés déjà pour leur âge – s’ils ne font pas des fugues imprévues en grandissant, ils vont faire leur chemin dans la vie.

Et pour faire plaisir à mes clients japonais, fidèles depuis quelques années et donc aptes à juger de l’évolution des vins de Lisson,  j’ouvre une de mes dernières bouteilles du Pinot Noir, Cuvée de la Clôture (1997), VdT, le seul millésime, qui n’a pas vu de bois pendant son court élevage.  J’ai retrouvé le texte de ma lettre aux clients et ami(es) de l’époque :

« Ça y est…….
1998 est – après un très grand investissement en temps et matériel – la première année sans dégâts de sangliers et nous avons pu mettre en bouteille la petite quantité qu'ils nous avaient laissée sur les souches en 1997.

 Cette cuvée s'appelait "Cuvée de la clôture", parce qu'elle sortait l'année de la quatrième génération de clôture électrique à Lisson. (Ceux qui connaissent  l'histoire de notre vignoble vont se souvenir du périple des dernières années: que de récoltes décimées par les sangliers!)
Elle n’offrait que 200 bouteilles de Mourvèdre 1997 et 150 bouteilles de Pinot Noir 1997 en "tirage de tête" et était donc très vite épuisée. »

Grande surprise à l’ouverture de la bouteille :  un jus rouge clair (c’est vrai, il n’était pas beaucoup plus coloré à la mise, si ma mémoire est bonne, contrairement aux vins souvent noirs des autres millésimes), couleur délicate de pétales de rose – au nez un fruit pure et pareil des notes de roses anciennes, en bouche ce fruit persiste,  une belle acidité, sans aucune trace d’agressivité et des tanins très fins, avec des notes épicées donnent envie d’y retremper ses lèvres.

Le tout accompagne étonnement bien un plat assez épicé à base de tomate et poivrons confectionné par Klaus – mais là, où je me régale le plus, c’est au fromage : un accord superbe et inattendu avec un chèvre déjà  bien fait du plateau de la Salvétat.

Cela me rappelle les fins de repas dans le temps, quand la Syrah de notre ami Serge Boissezon s’accordait si bien d’un fromage bien affiné, que les repas devenaient interminables : une gorgée de vin, pour finir le fromage, un petit morceau de fromage, pour finir le verre, et ainsi de suite….

Notre client japonais est tellement enthousiasmé, qu’il demande, s’il reste une bouteille, pour la ramener chez lui, pour une dégustation, qui illustre l’évolution du Pinot au fil des années. J’en trouve encore un exemplaire « deriière les fagots » - celui-ci même couronné de la cire à cacheter et il va faire le longue voyage au pays du soleil levant.

Et en prenant la bouteille en photo, je me rends compte, qu’elle date encore d’une époque, à laquelle nos étiquettes n’étaient pas règlementaires. Je vous laisse chercher les erreurs !



Et du coup, je ne suis pas arrivée jusqu’à la partie « sauvage » des visites – promis, c’est pour le prochain billet.

En attendant :

Joyeuse Pâques pour vous tous et plein de bonnes bouteilles, pou accompagne vos agneaux pascaux, premières fraises et autre asperges, sauvages ou pas sauvages.





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Chenin et Mourvèdre

13 Avril 2006, 19:27pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Un bon exemple de différence de débourrement et maturité entre deux cépages, à voir ces jours dans la vigne derrière la maison. Donc même sol, même microclimat pour les souches, qui se trouvent à 3 mètres l'une de l'autre.

La parcelle est en principe plantée avec du Mourvèdre, celui qui rentre dans le Clos des Cèdres. Mais il y a quelques années, nous avions voulu voir de nous même, comment se portait le Chenin, peu répondu dans notre région. Pour ce faire, nous avons greffé quelques souches derrière la maison, au milieu du mourvèdre.  Cela permet de voire la différence dans les stades phénologiques entre les deux cépages.

Pendant que le Chenin ouvre déjà ces feuilles et va bientôt montrer les petits raisins,



Chenin, un cépage à débourrement précoce, maturité en deuxième époque.

le mourvèdre montre encore à peine ses bourgeons, qui vont s'ouvrir plus tard. Le Chenin est aussi à maturité plus tôt, mais comme j'essayé de le ramasser en botrytisé ou en sélection de grains nobles, je récolte les deux normalement au même temps.



Mourvèdre, cépage à débourrement et maturité très tardif.


 

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Le printemps est arrivé

12 Avril 2006, 20:08pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Cela fait presque deux semaines, que je suis de retour de Prowein et de l’Allemagne – deux semaines sans que j’aurais donné des nouvelles sur ce blog – temps, de vous redonner un signe de vie.

Ce calme dans la production avait commencé avec un grand clash de mon serveur de blog – une panne d’électricité, qui a perturbé le trafic des données pendant 2 jours. Cela montre bien, à quel point le système est fragile – même si je trouve, que dans la blogosphère, les dégâts qui en découlent restent encore mineurs – une panne d’électricité sur le réseau TGV m’aurait plus chagriné.

Ensuite c’est le travail en retard, accumulé  pendant mon absence, qui m’a fait préférer des longues journées dans la vignes avec une bonne fatigue le soir aux séance d’ordinateur – d’autant plus, qu’après tout le retard de la végétation par l’hiver longue et sans fin, c’est finalement le grand soleil printanier des derniers deux semaines, qui avait donné un coup de fouet à la nature et fait démarrer tout en flèche.

Il me restaient quelques souches à tailler – mais c’est surtout le démarrage de l’herbe qui est le plus éclatant : en 10 jours, l’herbe séché par le froid de l’hiver s’est de nouveau transformé en une verte prairie parsemée de fleurs.

Cela me rappelle mon enfance et les sorties de pâques, où mes parents cachaient des œufs colorés dans les touffes d’herbe nouvelle le longue de notre chemin, œufs, que je ramassais dans un petit panier. L’histoire commençait à devenir plus compliquée à partir du moment où je savais compter et arrivais ainsi à me rendre compte, que malgré le nombre croissant d’œufs trouvés le chiffre de mon butin n’augmentait pas.

Pas d’œufs colorés et encore moins en chocolat dans l’herbe de la vigne donc – mais du temps en temps une belle asperge verte et sauvage, qui pointe son nez et que je croque toute fraiche en me régalant de son goût sucré.  Le soir une poigné ramassée sous les oliviers en descendant de la vigne et nous avons une belle entrée soit en salade, tout juste blanchi et arrosé d’un filet d’huile d’olive, soit en omelette, revenue à l’huile à la poêle et l’asperge encore bien craquante sous la dent. Et j’admets, que je la mange encore baveuse, mon omelette…

Donc plutôt une période de travail encore intense en plein air et de petits plaisir le soir, avant de s’endormir d’un sommeil bien profond.  Juste un peu de temps le matin, pour regarder les blogs des collègues en buvant le premier café.

Quel plaisir de suivre les voyages des un et des autres – Hervé à New York et Laurent et Emmanuelle au Canada – suivre également les discussions d’outre Atlantique sur les additifs dans les vins ou les vins artisanaux. Apprendre, qu’en Californie, l’acide tartrique fais aussi bien recette qu’en Languedoc les années chaudes et qu’il existe un truc, qui s’appelle du mega purple, qui aide à donner plus de couleur au vins rouges. Bref, qu’il y a les mêmes pratiques et problèmes partout, le même clivage entre une production qui vise à homogénéiser ses produits, à les adapter au goût d’une clientèle, qui a besoin de retrouver le même goût d’année en année, pour être rassurée et un travail avec un produit naturel, qui reflète chaque année la particularité du millésime et du terroir  qu’on laisse s’exprimer, pour justement retrouver cette variation dans la continuité, qui donne le plaisir de la découverte et de la surprise : varietas delectat – comme nous l’apprenions déjà à l’école.



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