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Lisson - infos autour de la vigne et du vin - et d'autres choses

Sauver la France?

27 Janvier 2006, 21:54pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Tout le monde parle de la crise de la vente du vin en France et sans aucun doute, elle existe. La lecture d’un numéro de « La Vigne », un dossier spécial sur « Les régions face à la crise » que j’avais l’autre jour dans ma boite à lettres, chiffres des cours et des stocks de ces dernières années  à l’appuie, m’a fait froid dans le dos.

Et pendant que dans ce dossier comme ailleurs, le monde viticole parle de « stratégie de marketing », relookage, « en piste pour la séduction », pour aller à la « reconquête de l’exportation », donc de tout un tas de mesures pour rendre les vins français plus attractives à l’extérieur de nos frontières, les échos, qui viennent de l’extérieur, où se trouvent les consommateurs, qu’on veut séduire, nous renvoient une piètre caricature d’une France noyé dans une mer de mauvais vin, qui à la place d’œuvrer à l’amélioration de la qualité s’enlise dans des guerre fratricides  entre régions, et où des vignerons tournent terroristes de plus en plus souvent, tout en demandant des subventions à leur état, pour garder le statu quo.

Dernier exemple cet article d’Alder Yarrow de Vinography (couronné meilleur blog sur le vin aux États-Unis ces derniers jours, donc largement lu), qui est intitulé :

Bordeaux vs. Languedoc : Les couteaux sont tirés.


Ca y va et je ne vous traduis qu’un florilège :

« Chaque nouvelle sur le vin qui vient ces jours-ci de France semble chargé de malchance… une crise de nerfs auto-fabriquée… en route vers une guerre civile de proportions vineuses…système suranné  d’appellations…lois archaïques insanes sur la mise en marché du vin…distillation des excédents en vin pour l’alcool industriel et même de carburant de voitures…bombes à feu contre des négociants…de vigneron au terroriste…Bientôt ces gens ne vont pas seulement attaquer le gouvernement et des institutions du commerce, et leur sympathisants supposés, ils vont s’attaquer mutuellement. Cela me fait tourner la tête :
Au Secours. Quelqu’un doit sauver la France ! »

Cela ne donne pas une image de France et de nos vins très culturelle, bon vivante et attirante. (Cela pourra même nuire au tourisme – mais ce n’est qu’une remarque à côté). Si le consommateur achète aussi toujours une idée, qu’il se fait du contexte et de la tradition d’un produit – et qui eventuellement le fait pencher pour un vin Français plutôt que pour un vin d’un autre pays – vous voyez bien les dégâts.

L’article dans Decanter, qui était à la base de celui d’Alder reprend – en raccourci – un article de Libération, qui est déjà plus explicatif. Mais quel anglophone sait aller à la source et comprendre, que ces paroles de leaders viticoles du Midi sont à voir dans le contexte Franco-français – dans une autre tradition de gueulantes, qui fait partie du folklore et est aussi choisie par ce que bien médiatique.  Mais le rayonnement des médias ne s’arrête malheureusement plus à la frontière aussi grâce au Net.


Je ne veux pas diminuer ni l’ampleur du problème, ni le désespoir des confrères touchés dans leur existence – j’en ai parlé déjà plusieurs fois ici et ailleurs, simplement rappeler le vieux dicton de mon pays natal : Comme en crie dans la forêt l’écho revient.



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Le Clos du Curé

25 Janvier 2006, 21:50pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Ces parcelles, tout en haut de la colline de Lisson appartenaient au début du siècle à un curé de Saint Etienne d’Albagnan. Il y faisait pousser son vin de messe, ou plutôt, il le faisait cultiver par Joséphine, sa bonne à tout faire. Une fille de la montagne, qui s’occupait du presbytère, menait quelques chèvres pour le lait et le fromage et montait travailler cette vigne haute perchée.

Est-ce Joséphine avec ces chèvres?

Elle prenait le petit chemin, qui part derrière le mazet à travers les terrasses calcaires, qui sentent bon le thym et la lavande sauvage, passe le clapas avec son buis et arrive tout en haut. Là on voit Olargues avec sa tour et de l’autre côté la femme couchée, avec sur son flanc le Prieuré de Saint Julien d’Olargues. De là on entend les deux clochers – toujours un peu décalés, d’abord celui d’Olargues et 5 minutes après celui de Saint Julien.

Olargaise sur une photo de 1890, qui porte son sa cruche
d'eau sur
une cabillade - "une allure de reine"

Après la mort du curé, c’est d’abord son frère, Marius et ensuite son neveu, Antoine Tarbouriech, qui héritait les vignes, la maison et aussi la bonne. Les vignes du haut étaient abandonnées, quand Joséphine n’a plus pu monter par le sentier. La friche et les chênes verts reprenaient le dessus. Nous étions très contents quand Antoine était d’accord pour nous vendre ces terres « Là ou je vais aller, je ne les emporterai pas dans mes poches » disait il.

Il passait pour un original au village. Discret et timide, on le voyait tous les jours traverser les rues avec sa cruche, pour aller chercher l’eau aux trois fontaines – elle était tellement plus bonne et naturelle que celle du robinet, trouvait-il. « Ras Muraille », comme ils l’appelaient, avec son chapeau de paille et sa Deux Chevaux fourgonnette. Il continuait la culture d’une petite parcelle de vigne au bord de la rivière, déchaussant les vieilles souches, pour les fumer, rechaussons à la pioche, seul pour rentrer sa récolte. Chaque année il nous mettait un petit mot dans la boite à lettre, quand il avait besoin d’un « coup de barre » pour terminer la dernière pressurée de son vin à la cave – et il nous apportait un bouquet de hyacinthes au printemps, bien ficelé avec un brin de raphia ou une cargaison de choux fleurs de son jardin fin d’été, pour nous remercier.
Il restera dans notre mémoire - lui et ses histoires de Mademoiselle Clavel, la « pauvre Joséphine », qui savait lire le temps qu’il allait faire dans les nuages.

Le Clos du Curé, défriché et planté en Pinot Noir, redonne du vin et sa première cuvée 1996 portait le nom d’Antoine Tarbouriech, qui nous a quitté il y a quelques années et, bien sûre, la cuvée 1998 était dédié à Joséphine Clavel.




Les photos sont prises du livre: Vivre en Pays d'Olargues de 1870 à 1940, édité par Robert Guiraud et publié par la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons de l'Hérault, 1986.

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des goûts et des couleurs...

21 Janvier 2006, 20:27pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Beaucoup de réactions sur „Les Perles aux Cochons“ – comme toujours, cela m’amène à y réfléchir  pendant ma journée dans la vigne.

J’ai refait un voyage en arrière, pour me rappeler mes premières expériences et rencontres avec le vin, retracer mon cheminement vers « la noble boisson »…

Je suis née dans une ville et une région d’Allemagne, qui est plus réputée pour ses brasseries que pour son vignoble – c’est simple, il n’y en a pas.

La boisson quotidienne pour les hommes étaient la bière – les femmes (au moins dans ma famille) n’en buvaient pas, peut-être une bière à la malte, sucrée, qui était réputée d’être saine pour les femmes allaitantes et qui était parfois autorisée en petite quantité pour les enfants.
Je ne pense même pas, qu’il y avait des verres à table pour les repas de tous les jours.

Le vin faisait son apparition pour des occasions exceptionnelles, comme les fêtes de famille, les anniversaires, les mariages, Noel. Là, on sortait les verres en cristal et on ouvrait une bouteille, achetée express pour ce jour là. D’habitude un vin blanc, doux, de préférence de la Moselle et acheté au supermarché, genre Liebfrauenmilch ou Kröver Nacktarsch, probablement à cause des noms, sur lesquelles on pouvait digresser à table (lait des femmes gentilles et cul nu de Kröv).

J’aimais les verres, mais je ne m’intéressais pas au contenu – et c’est resté comme cela jusqu’à ce que je commence mes études. Entre étudiants, nous partagions un grand plat de spaghetti pour les repas en commun et la mode était aux bouteilles de deux litres d’un vin rouge italien très bon marché – genre Valpolicella – du temps en temps une bouteille de Chianti – de préférence une de ces bouteilles enveloppées de paille, par ce qu’on pouvait l’utiliser après pour y mettre des bougies « coulantes » et avoir ainsi après quelque temps une pièce de décoration comme dans les premières pizzerias, qui commençaient à ouvrir dans les villes.

Les deux vins avaient la réputation de faire mal à la tête et n’incitaient pas à devenir « amateur » de cette boisson.

Quand je commençais à avoir les moyens de sortir au restaurant du temps en temps, j’avais appris d’un « connaisseur », que la méthode la plus sure, pour ne pas tomber dans le piège du vin blanc sucrée (qui faisait également mal à la tête), était, de commander une bouteille avec un sigle jaune pour « diabétiques » - synonyme d’un blanc sec à l’époque.

À la maison, pour les repas avec des invités, nous avion entre temps dégotté l’adresse d’un vigneron de la Weinstraße dans le Sud de l’Allemagne, qui faisait un blanc sec (plutôt acide), qu’il vendait en bouteille d’un litre et qu’il livrait dans des casiers en bois pour 20 bouteilles jusqu’à la maison une fois par an. Nous buvions cela avec tout (les amateurs de rouge achetaient des cubies de 5 litres de vin français à l’époque, qu’ils servaient dans des brocs en verre). Les bouteilles vides étaient stockées dans leur casier à la cave et reprises par le vigneron à sa prochaine tournée des clients.

Par mis tous nos amis, il y avait qu’un seul « passionné » de vin, qui nous racontait parfois ses réunions de dégustation avec ses amis plus fortunés, qui avaient une « cave » à la maison. C’est pour lui aussi, que j’achetais la première grande bouteille de ma vie : pour lui remercier d’un service, qu’il m’avait rendu, j’allais jusqu’à Cologne chez un caviste, acquérir une bouteille de Mouton Rothschild, vin dont je l’avais entendu parler avec tant d’émotion. Je pense, c’était le millésime avec l’étiquette signée de Marc Chagall, donc probablement le 1970, que j’ai payé quelque chose comme 35 € à l’époque – pour moi une folie, comme on ne les fait que pour un vraie ami.

Ma connaissance en vin – allemands ou français – s’arrêtait là, quand j’arrivais en France, dans le Languedoc et ainsi en pleine région viticole, où le vin était un aliment des repas de tous les jours chez les gens, que je rencontrais ensuite.

Mais là aussi, je n’aurais pas de sitôt développé mon goût, par ce que chez les copains, on buvait du rouge acheté en cubie à la coopérative du coin ou, si on voulait du meilleur, chez le premier vigneron en cave particulière dans la ronde (Navarre à Roquebrun – pour ne pas le nommer). Je n’aurais jamais découvert le plaisir du vin, si je ne serait pas tombé sur Claude Rudel, fils de viticulteur du côté de Lodève, élevé depuis tout petit avec la petite goutte de rouge, pour colorer le verre d’eau à table, mais bourlingueur dans sa jeunesse, qui avait découvert en voyageant, qu’il y avait autre chose que le gros rouge qui tache. En Suisse, en Belgique – chez des gens, qui lui faisaient découvrir les Bordeaux et des Bourgogne et qui nous apprenaient lors de leurs visites, que même dans le Midi, il y avait des vignerons, qui s’étaient émancipés du Carignan et élaboraient des bouteilles, qui leur valaient le déplacement des amateurs du Nord.

Et c’est de là, qu’est partie l’aventure de Lisson : de l’idée, que chez nous aussi, on pouvait travailler un terroir propice à autre chose qu’à la « bibine », si on se donnait la peine.

François Guy de Château Coujan, grand homme du vin et précurseur des cépages nobles dans la région avec ses Vins de Pays Cabernet-Merlot, ses Mourvèdres de sa propre sélection massale était notre premier idole – Emile Guibert de Daumas Gassac, plus marketing dans sa démarche, lui emboitait le pas. Le cercle des vignerons qui se rencontraient lors des journées de Béziers Oenopole, organisées avec brio par Pascal Frissant, nous encourageait dans la démarche.

Morale de toutes ces réminiscences ?

On peut arriver à la passion du vin par des voies détournées. Il y a un âge pour les boissons « fun » - une mode ne forme pas forcement le goût, mais n’empêche pas  non plus de faire d’autres expériences après. Les voyages forment le goût – et notre goût peut évoluer, tant qu’il y a des fous, qui s’entêtent à nous fournir le fruit de leur passion.

L’ami d’antan a probablement bu son Mouton Rothschild entre temps – à l’époque, j’aurais refusé d’en boire, pour ne pas mettre « des perles aux cochons » - tellement j’aurais été sure, de ne pas pouvoir juger de la différence… Il m’a téléphoné il y a deux ans, pour me féliciter de ma première cuvée des Échelles de Lisson





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Des vins aux cochons

18 Janvier 2006, 14:15pm

Publié par Iris Rutz-Rudel



Vue la description, cela doivent être des vraies perles, cette

Nouvelle gamme de vins à l’habillage „fun“  pour nouveaux consommateurs de 20 à 30 ans au prix psychologique dans le cœur du marché (moins de 3 €), gourmand, fruité, sucré, facile à boire et avec des  bouteilles repérables à 5 mètres.
Mais ses consommateurs seront rassurés grâce au petit cochon, qui indique la bonne température !

En plus, vous pouvez choisir entre le bouchon en synthétique couleur fluo ou la capsule à vis Stelvin – et si vous trouvez tout cela encore trop compliqué, achetez le même vin en BIB.

Une authentique AOC – commentaire d’un bloguer, critique du vin allemand :  "cascade de mots foudroyante et branchée pour un vin, qu’on n’arrive plus à vendre. "

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Le Goût du Terroir?

15 Janvier 2006, 15:14pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

« Nos Ancien éprouvoient par l’eau, la terre qu’ils destinoient à la vigne ;ils enlevoient une motte de deux pieds de hauteur, ils en prenoient quelques pincées du fond, du milieu & du dessus ; ils mêloient ces trois essais, & les batoient dans un verre, plein d’eau de pluie, bien nette ; & ensuite après l’avoir laissé reposer jusqu’à ce que toute la terre fût au fond du verre, & l’eau bien claire, ils y goûtoient, & jugeaoient, par la saveur de l’eau, de celle que le raisin, qui naîtroît de la même terre, donneroit au vin, en supposant qu’il auroit le même goût que l’eau : mais cette expérience paroît trop peu sûre pour s’y fonder. »

p.407 La Nouvelle Maison Rustique, Tome II


Trouvé en feuilletant dans un des trésors de ma bibliothèque, l’édition en deux tomes de

La Nouvelle Maison Rustique, ou Économie Générale des tous les Biens de Campagne. 9ième édition de M. DCC. LXVIII, Tome II -  dans le chapitre sur la plantation de la vigne.



Je n’ai pas encore essayé la « recette » - à priori à moi aussi, elle me « paroît trop peu sûre pour s’y fonder »  - mais la curiosité va me pousser à l’expérience, dès que la pluie cessera.



Si vous voulez vous régaler aussi avec la lecture de ce trésor de savoir ancestral et de bons conseils, je ne peu que vous conseiller de vous rendre sur la page de histoire-genealogie.com, où Thierry Sabot a retranscrit en neuf chapitres « L'année du laboureur » de ce même livre, augmenté de commentaires.


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Lisson sur France 3

13 Janvier 2006, 12:09pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Emission Carnets de Sud du samedi 14 Janvier à 17 h 30 sur France 3 Sud



Petit rappel : c’est donc pour demain, l’émission de France3 tournée par Alexandre Joannides et présentée par Hélène Bassas en Novembre dernier dans les Hauts Cantons de l’Hérault.


Ce Monsieur ne fait pas le menage à Lisson, mais il recueil mes "bonnes paroles" pendant l'interview



Vous allez pouvoir retrouver Stéphanie May et Valérien Tavernier de l’Auberge de la Jasse à Douch et aussi ce qui restera des 4 heures de tournage à Lisson.

pause casse-croute pendant le tournage avec Valerien et Stéphanie (en rouge), l'équipe France3 et Klaus


Si quelqu’un a la possibilité d’enregistrer l’émission (sur CD ou DVD), nous serons preneur à Lisson. Je ne suis pas sûre, que nous pourrons recevoir cela en direct sur notre système (low-watt – vous vous rappelez…)


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Le malaise viticole dans le Languedoc

11 Janvier 2006, 13:32pm

Publié par Iris Rutz-Rudel


Allez lire ce dossier du Midi Libre, qui met quelques visages à ce malaise, qui a aussi dévié en maladie parmi les amis vignerons, que j’ai vu  démarrer plein d’espoir il y a quelques années autour de moi. La dépression dans les têtes fait tache d’huile et la profession de psychos aura des jours gras devant – si la sécu paye…

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Question test pour un caviste

10 Janvier 2006, 20:19pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Vous vous rappelez de mon passage chez les « Caves du Panthéon », rue Saint Jacques avant la dégustation du soir.

Comme l’accueil avait été sympathique, je m’étais promis d’y retourner sur mon chemin vers la gare et de poser la question « test », que je dois souvent poser lors de mes voyages : « Je ne peux emporter qu’une seule bouteille (si je n’ai pas déjà 5 kg de livres en trop, c’est parfois 3 bouteilles) – quelle vin est-ce que vous me conseillez ? »

En bon professionnel, le caviste cherche à sonder un peu mes goûts. Sur la question : dans quel ordre de prix, je ne peu que rétorquer : pas d’importance – pour une seule bouteille, je ne vais pas me formaliser (bon, j’admets, qu’au-delà de 100 €, j’aurais tiré le frein – mais une bonne bouteille vaut bien le prix d’une chambre d’hôtel à mon avis).

Donc interrogée, j’essaye de définir mes attentes – c’est toujours plus facile par le négatif :

Pas forcement un vin trop facile à boire, pas un vin simplement sur les arômes primaires de fruit, pas à boisé dominant non plus, pas technologique, pas gouleyant, pas des vins soit disant « féminins ».

J’aime les vins, qui ont de la texture en bouche, des vins tactiles, des saveurs un brin sauvages, s’il y a des tannins, qui accrochent encore un peu (vu que je les bois toujours trop jeunes), cela ne me dérange pas. Avec tout cela, pas de préférence pour des cépages ou des régions. Ah oui, j’avais dit, que je voulais un vin rouge.


Le caviste m’a écouté attentivement – et m’a sorti une bouteille de Faugère, Domaine Barral.

Vous vous imaginez, que je suis sortie avec autre chose – je n’allais pas rapporter du charbon à Newcastle ou des hiboux à Athènes (comment est-ce qu’on dit cela en Français ?) – mais j’ai bien aimé l’expérience – et j’étais prête à lui faire aveuglement confiance pour la bouteille, qu’il m’avait choisi ensuite.

Dernière anecdote de mon passage à Paris – et après, je le promets, je reste dans le Sud et si le timide soleil, qui a pointé après une semaine de grisaille froid humide, se confirme pour demain, je commence la taille de la vigne !




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Meilleurs Vœux pour 2006

1 Janvier 2006, 22:37pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Meilleurs Vœux pour 2006!

Et spécialement pour Olif – le récit de « ma première rencontre avec Michel Bettane dans les vignes de Lisson ».

Imaginez vous une belle journée ensoleillée du début des années 1990 à Lisson – une voiture descend lentement le chemin d'en face, le chien, Philibär à l’époque, aboie et je vais à l’encontre des arrivants.

Quel belle surprise, c’est notre ami Philippe Catusse de Béziers, pas encore caviste à l’époque, mais déjà féru amateur et connaisseur en vin, qui nous rend visite. Dans sa compagnie un couple d’âge moyen, que je ne connais pas.

Tout le monde s’exprime sur la sauvagerie du lieu, la beauté de notre grande ruine – et finalement, Philippe me présente ses compagnons comme Michel Bettane et son épouse.

Je ne peu pas dire, que l’annonce me laisse de marbre! Cela fait quelques années, que nous sommes abonnées à la Revue de Vin de France, donc le nom m’est tout à fait familier. Les réflexions se bousculent dans ma tête – première réaction : c’est magnifique, mais c’est quelques années trop tôt. Nous venons juste de planter notre vigne, il n’y a rien dans la cave, à peine quelques feuilles sur les jeunes plants, bref : il n’y a rien à montrer, rien à déguster – à quoi bon, d’avoir un de meilleurs dégustateurs de France et Navarre à la maison à ce stade ? (et : à bon, je n’avais jamais imaginé qu’il pourrait y avoir une Madame Bettane…)

Mais il est là, notre ami l’a amené, donc il faut garder contenance et rester le plus naturel possible.

Nous entamons donc l’ascension de la colline. Je montre les jeunes plants, explique le choix du cépage, la conduite, la taille : ici le Mourvèdre en gobelet, prévu à 3 bras, les coursons à un œil franc. Attention, cela monte aux terrasses suivants – oui, nous avons gardé les oliviers, qui ont repoussés des vieilles souches après le gel de 56. On arrive dans les Échelles de Lisson, Côt, Cabernet Franc et Cabernet en cordon de Royat sur fil de fer. Oui, le clivage en diagonale entre schiste et calcaire se trouve exactement ici, sous les Pinot du future Clos du Curé.

Stop, ne commet pas l’erreur de te concentrer que sur les hommes, la politesse et la solidarité féminine demandent quelques phrases sur la vie sans électricité et sans eau courante à la maison, la beauté de la vue… avec Madame.

Il a du courage, ce Monsieur Bettane, et il s’intéresse vraiment à ce que je raconte, dommage, qu’on n’est pas 8 à 10 ans plus tard.

Arrivé en haut de la colline, où la vue sur la vallée et les montagnes en face est splendide, comme toujours, ce n’est plus que l’effort de la monté, qui me coupe un peu le souffle – je me suis adapté à la situation, je me trouve souveraine, naturelle. Nous pouvons attaquer la descente par le magnifique cirque du Clos des Cèdres, pour regagner la maison.

Après un verre d’eau de source bien mérité après une telle ballade, je trouverais bien une bonne bouteille d’un de nos amis vigneron à la cave, pour montrer, vers où va notre aspiration – un vin de Hildegard, de la Grange des 4 Sous ou un vin de schiste de Thierry Navarre – ou la Syrah, qui a fait 4 ans en barrique de notre ami Serge Boissezon – je ne vais pas lui sortir un Daumas Gassac ou le 87 de Bébian, il va connaître cela depuis longtemps…

Ouf, nous sommes bien arrivés en bas et Claude, mon mari, me rejoint. Il va aussi être surpris, mais il va voir, que j’ai bien représenté la maison

Philippe me devance dans les présentations : « Salut Claude – je te présente mon beau frère et sa femme ».

Là-dessus, il faut m’assoir – la tête toute rouge – et ce coup-ci, cela ne vient pas de l’effort de la monté. Mais bon sens, c’est bien sûr pas lui – il ne ressemble nullement à sa photo, que j’ai du voire des douzaines de fois sur les pages du magazine. Ils m’ont bien fait marcher !

Je ris avec tout le monde – peut-être un peu jaune, quand même. Et nous passons une bonne fin d’après-midi.

Moral de l’histoire : avec un peu plus d’humilité de ma part, je ne serais pas si facilement tombée dans le piège. Mais malgré ma gorge serrée au début, j’avais bien voulu y croire – moi ! Nous étions finalement partis pour faire un grand vin à Lisson, donc rien de si spécial au fait qu’il allait passer un jour. Mais on ne me la ferra pas une deuxième fois, celle là.

Vous imaginez donc mon fou rire intérieur l’autre jour, presque 15 ans après, quand j’ai tout de suite reconnu Monsieur Bettane sur l’estrade de la cave des Grains Nobles. Dommage, que je n’ai pas eu l’occasion, de lui raconter l’histoire.

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