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Vendredis du Vin # 51: des vins Vivants pour les Morts

30 Novembre 2012, 14:08pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Ce n'était pas un Vendredi, mais un Lundi, pas noir quand le soleil s'est levé ce matin à la fin de l'hiver, se mirant dans le blanc du givre, qui couvraient tout parterre dans la vigne et autour de la maison après avoir déjà illuminé le léger voile de neige, qui couvrait les rondeurs de la femme couchée en face depuis la veille... le ciel claire d'étoile de la nuit avait laissé la place au grand bleu imperturbable et immaculé - une mâtiné, pour commencer une semaine sereine, juste la journée a passer, avant de se retrouver pour une dernière soirée en tête à tête au chaud avant l'au-revoir à la gare le lendemain, se séparer pour un court voyage...

Quelques heures après, toujours sous ce soleil éblouissant, le corps silencieux, brisé presque sans trace dans une chute, est rapatrié, allongé sur le lit, le feu éteint, pour laisser rentrer le froid, les yeux derrière les lunettes fermés, les mains calleuses rejoints dans un geste, qu'ils n'avaient guère connus toutes ces années avant,  taillant la pierre ou piochant dans la vigne, soulignant de gestes les paroles, caressant ....

Le mot passe dans la vallée et au delà, inaperçu ici, où tout semble figé dans ce silence soudain... les amis arrivent, seul, par petit groupe, blêmes devant le corps sans vie, des épaules, qui tremblent, on s'embrasse  pour se consoler mutuellement, la famille arrive, voire le père courbé au chevet de son fils aîné brise le coeur, oui, il faut tous les consoler, leur porter du réconfort devant ce mort....

il y a le jambon énorme de  ses 16 kg, ramené avec joie la vieille de la fête du cochon à Saint Pons - il est établie au milieu de la table sur la grosse planche en hêtre, également une trouvaille du marché, quelqu'un coupe des tranches épaisses, nous les mettons sur des larges tranches de pain de l'Arche - quelqu'un met les verres à côté ... je vais à la cave et sors avec des bouteilles, nos premières vendanges, 1996, 1998, Clos du Curé, Clos des Cèdres, Les Échelles de Lisson, tous encore dédié à des personnages du vin, dont nous nous sentions redevables... Roger Rudel et Max Rutz - nos pères, Antoine Tabourièche et Joséphine Clavel, qui nous ont précédés sur ces terres, avant qu'ils tombaient en friche, l'Abbé Rozier, ancêtre d'une viticulture de qualité dans le Languedoc et François Guy, pionnier des années 60... leurs noms inscrits en révérence sous la petite vignette, qui orne nos étiquettes depuis le début - dessous les deux noms des vignerons-éleveurs...
Le vin coule dans les verres, nous les levons en honneur à l'homme, qui ne pourrat plus les goûter, les voire arriver à maturité, ces vins de garde, faits, si ne pas pour l'éternité, au moins pour encore une bonne décennie à venir, les premiers d'une longue série de millésimes à venir... jusqu'à ce qu'on sera trop vieux, pour les travailler, mais toujours aussi amoureux, pour les boire ensemble, partager en se remémorant leur année de naissance, leur temps à la cave, comme ce 1999, qui y dors encore, ce 2000, qui vient juste d'entamer son chemin... et nous les mettons à nos lèvres, ils remplissent nos palais, coulent le long nos gorges nouées... et enfin nous délient les langues, à parler de celui, qui les nous a laissé, ces souvenirs vivants de sa sueur et de ses rêves... et dans cette communion pendant 3 jours, il y a un peu de ce sang, qui ne coule plus dans son corps, qui se mêle au notre, à cette sève chaude de nos vies.

 

Souvenir d'un jour fin février 2001, d'une scène autour d'un vigneron, comme elle a du se passer pareil à chaque mort, que cela soient depuis Didier Daguenau, Marcel Pierre et tant d'autres... un jour, où le grand journal local du Midi refusait de mettre la phrase:  "que ses amis lèvent un verre de bon vin en son souvenir" sur le faire part, comme étant pas conciliable avec son éthique....

 

Cedres-1998.jpg

Merci à Olivier Lebaron, président de ces Vendredis du Vin #51, d'avoir réveillé ces souvenirs jamais bien loin de mon coeur.

 

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souvenirs, souvenirs en travaillant dans le Clos des Cèdres...

3 Mars 2012, 11:34am

Publié par Iris Rutz-Rudel

Une des rares photos de la naissance de notre vigne...ici le plantier du Clos des Cèdres en 1991 - on voit bien les petits plants fraichement mis en terre (ou plutôt entre les cailloux..) à la barre-à-mine, arrosés un à un à l'arrosoir.

 

 

Clos des Cèdres 1991 2

 

 

On voit aussi encore une partie des grands blocs de schiste, qui sont montés en surface au défrichage, et que nous avons enlevés pendant les premières années.

Hier j'ai découvert un vestige  de l'outil, qui nous servait à cela au bord de  la vigne:



vestige

 

Deux barres en bois avec un plateau au milieu, un brancard, comme on peut le voire dans des illustrations anciennes,qui était chargé des morceaux de roche, et que deux personnes pouvaient ainsi transporter au bord  haut de la vigne, où ils servaient à faire des murets grossiers en pierre sèches...ajoutant ainsi à l'aspect "clos" de cette majestueuse arène naturelle au milieu des bois.

 

schische murs Cèdres

 

J'ai beaucoup aimé retrouver cet outil hier...particulièrement les détails des manettes,bien lissées...on dirait des petites sculptures, si on regarde de près:



DSCF4545

 

Et  j'admets, que même plus jeune de 20 ans, je n'étais pas assez forte, pour aider à porter cet outil chargé. Jusqu'à une certaine taille, je pouvais contribuer à prendre des blocs un par un dans les bras et les amener au bord, mais devant ce champ de pierres, cela ne représentait qu'une goutte d'eau dans la mer...

Les derniers, qui auront trop gené au passage du soc de la charrue à treuille, étaient brisés sur place à grand coup de masse - c'est peut-être aussi un peu de là, que venait notre réputation de ces débuts: travailler dans les vignes de Lisson, c'est comme à ..... Cayenne:-).

Aujourd'hui, 21 ans plus tard, ce n'est toujours pas de tout repos, d'y monter et travailler, mais on est loin des grands efforts du début:



Merlot and Mourvedre clos des Cèdres

 

 

Il ne restent que des petits cailloux de schiste et de quartz en surface, qui protègent la terre dessous et restituent la chaleur des jours pendant les nuits plus fraîches ici à 300 m au plantes....

....et l'été, c'est beau à voire et réconcilie de tous ces efforts.

 

 

Merlot et Mourvédre Clos des Cèdres sommer

 

et après une après-midi de taille dans cet endroit si calme, hors monde, où on entend que les bruissement du vent dans les cimes des arbres autour, les oiseaux et déjà quelques bourdonnement d'insectes, qui accompagnent le cliquetis du sécateur, où le corps prends son rythme et l'âme se met à rêver, la descente à travers les bois vers la maison, qui reçoit les derniers rayon de soleil sur la fumé, qui s'échappe de la cheminé...symbole de repos et chaleur,  est comme rentrer d'un voyage.



retour sur la maison

 

des temps anciens -  je me souviens de ce que m'avait dit le vieux, que je rencontrait à l'occasion de mes premières balades autour du Lau, petit village perdu, où j'habitais il y a 30 ans: faut jamais rentrer les mains vide d'une promenade !

 

jamais les mains vide...

 

et je charge encore vite deux grands tuteurs mis au bord de la vigne sur l'épaule, pour lui tirer ma révérence à l'ancien...

 

 

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