Lisson - infos autour de la vigne et du vin - et d'autres choses

Articles avec #lisson

Dégustations du millésime 2005 "sauvages"

15 Avril 2006, 16:37pm

Publié par Iris Rutz-Rudel



Parmi les visites à Lisson avec dégustation à la cave, que nous recevons du temps en temps, voici deux, qui ont fini sur des notes un  peu inhabituelles, voir sauvages pour ce genre d’exercice.

Encore que les dégustations se passaient encore très classiques : après un tour dans les vignes plus au moins longue, selon l’envie et la forme du visiteur, nous revenons à la maison et poursuivrons le chemin du raisin à travers la pièce du haut avec ses cuves et le pressoir, jetons un coup d’œil à travers la trappe dans le sol, quand j’explique le transvasement des jus  par gravité, pour finalement contourner la maison vers le bas et rentrer dans la cave à barriques.

Je suis contente de pouvoir de nouveau faire déguster des vins à la barrique : après l’élimination volontaire du millésime 2004, qui laissait bien sûr un vide à la cave, c’est au millésime 2005, de reprendre le relais. Mourvèdres et Pinots ont finis depuis décembre leurs fermentations malolactiques, les Cabernets dans leurs petit tonneau montrent encore quelques gaz – et se font remarquer par un plop bien pétante, quand je tire la bonde.

La longue période de froid cet hiver à aidé aux vins de se décanter encore plus que d’habitude.  Les échantillons tirés à la pipette sont donc d’un rouge limpide et brillant,  les nez très nets  et en bouche, tous les trois font de nouveau preuve de cette fraicheur, qui surprend toujours dans les vins de Lisson, même dans les années chaudes et de grande maturité des raisins. Pour le Mourvèdre, des tanins bien élégants, sans aucune rugosité, plutôt sur des notes florales, comme toujours en première année d’élevage – plus de structure tannique encore anguleuse présente en bouche pour Pinot et Cabernets (les derniers  déjà assemblés avec Cot et petit Verdot), un soupçon de boisé, mais point trop. Vu que tous les vins sont élevés en bois de plusieurs vins, ce n’est pas étonnant. Je ne cherche pas un goût de bois par l’élevage, mais je profite plutôt du contenant barrique pour une oxygénation ménagée des vins pendant l’élevage et une bonne clarification naturelle, qui m’évite toute intervention de collage ou filtration avant la mise en bouteille.

C’est vrai,  là, en début du printemps, où le chai commence tout juste à remonter un peu en température (10 °C à la place du minimum de 8°C pendant l’hiver),  j’ai beaucoup de plaisir, à présenter mes vins « nouveaux », qui me gratifient de l’impression, que les soins donnés jusque là leur ont fait du bien : des bien beaux adolescents, plein de force, mais étonnement bien élevés, bien léchés déjà pour leur âge – s’ils ne font pas des fugues imprévues en grandissant, ils vont faire leur chemin dans la vie.

Et pour faire plaisir à mes clients japonais, fidèles depuis quelques années et donc aptes à juger de l’évolution des vins de Lisson,  j’ouvre une de mes dernières bouteilles du Pinot Noir, Cuvée de la Clôture (1997), VdT, le seul millésime, qui n’a pas vu de bois pendant son court élevage.  J’ai retrouvé le texte de ma lettre aux clients et ami(es) de l’époque :

« Ça y est…….
1998 est – après un très grand investissement en temps et matériel – la première année sans dégâts de sangliers et nous avons pu mettre en bouteille la petite quantité qu'ils nous avaient laissée sur les souches en 1997.

 Cette cuvée s'appelait "Cuvée de la clôture", parce qu'elle sortait l'année de la quatrième génération de clôture électrique à Lisson. (Ceux qui connaissent  l'histoire de notre vignoble vont se souvenir du périple des dernières années: que de récoltes décimées par les sangliers!)
Elle n’offrait que 200 bouteilles de Mourvèdre 1997 et 150 bouteilles de Pinot Noir 1997 en "tirage de tête" et était donc très vite épuisée. »

Grande surprise à l’ouverture de la bouteille :  un jus rouge clair (c’est vrai, il n’était pas beaucoup plus coloré à la mise, si ma mémoire est bonne, contrairement aux vins souvent noirs des autres millésimes), couleur délicate de pétales de rose – au nez un fruit pure et pareil des notes de roses anciennes, en bouche ce fruit persiste,  une belle acidité, sans aucune trace d’agressivité et des tanins très fins, avec des notes épicées donnent envie d’y retremper ses lèvres.

Le tout accompagne étonnement bien un plat assez épicé à base de tomate et poivrons confectionné par Klaus – mais là, où je me régale le plus, c’est au fromage : un accord superbe et inattendu avec un chèvre déjà  bien fait du plateau de la Salvétat.

Cela me rappelle les fins de repas dans le temps, quand la Syrah de notre ami Serge Boissezon s’accordait si bien d’un fromage bien affiné, que les repas devenaient interminables : une gorgée de vin, pour finir le fromage, un petit morceau de fromage, pour finir le verre, et ainsi de suite….

Notre client japonais est tellement enthousiasmé, qu’il demande, s’il reste une bouteille, pour la ramener chez lui, pour une dégustation, qui illustre l’évolution du Pinot au fil des années. J’en trouve encore un exemplaire « deriière les fagots » - celui-ci même couronné de la cire à cacheter et il va faire le longue voyage au pays du soleil levant.

Et en prenant la bouteille en photo, je me rends compte, qu’elle date encore d’une époque, à laquelle nos étiquettes n’étaient pas règlementaires. Je vous laisse chercher les erreurs !



Et du coup, je ne suis pas arrivée jusqu’à la partie « sauvage » des visites – promis, c’est pour le prochain billet.

En attendant :

Joyeuse Pâques pour vous tous et plein de bonnes bouteilles, pou accompagne vos agneaux pascaux, premières fraises et autre asperges, sauvages ou pas sauvages.





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Le printemps est arrivé

12 Avril 2006, 20:08pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Cela fait presque deux semaines, que je suis de retour de Prowein et de l’Allemagne – deux semaines sans que j’aurais donné des nouvelles sur ce blog – temps, de vous redonner un signe de vie.

Ce calme dans la production avait commencé avec un grand clash de mon serveur de blog – une panne d’électricité, qui a perturbé le trafic des données pendant 2 jours. Cela montre bien, à quel point le système est fragile – même si je trouve, que dans la blogosphère, les dégâts qui en découlent restent encore mineurs – une panne d’électricité sur le réseau TGV m’aurait plus chagriné.

Ensuite c’est le travail en retard, accumulé  pendant mon absence, qui m’a fait préférer des longues journées dans la vignes avec une bonne fatigue le soir aux séance d’ordinateur – d’autant plus, qu’après tout le retard de la végétation par l’hiver longue et sans fin, c’est finalement le grand soleil printanier des derniers deux semaines, qui avait donné un coup de fouet à la nature et fait démarrer tout en flèche.

Il me restaient quelques souches à tailler – mais c’est surtout le démarrage de l’herbe qui est le plus éclatant : en 10 jours, l’herbe séché par le froid de l’hiver s’est de nouveau transformé en une verte prairie parsemée de fleurs.

Cela me rappelle mon enfance et les sorties de pâques, où mes parents cachaient des œufs colorés dans les touffes d’herbe nouvelle le longue de notre chemin, œufs, que je ramassais dans un petit panier. L’histoire commençait à devenir plus compliquée à partir du moment où je savais compter et arrivais ainsi à me rendre compte, que malgré le nombre croissant d’œufs trouvés le chiffre de mon butin n’augmentait pas.

Pas d’œufs colorés et encore moins en chocolat dans l’herbe de la vigne donc – mais du temps en temps une belle asperge verte et sauvage, qui pointe son nez et que je croque toute fraiche en me régalant de son goût sucré.  Le soir une poigné ramassée sous les oliviers en descendant de la vigne et nous avons une belle entrée soit en salade, tout juste blanchi et arrosé d’un filet d’huile d’olive, soit en omelette, revenue à l’huile à la poêle et l’asperge encore bien craquante sous la dent. Et j’admets, que je la mange encore baveuse, mon omelette…

Donc plutôt une période de travail encore intense en plein air et de petits plaisir le soir, avant de s’endormir d’un sommeil bien profond.  Juste un peu de temps le matin, pour regarder les blogs des collègues en buvant le premier café.

Quel plaisir de suivre les voyages des un et des autres – Hervé à New York et Laurent et Emmanuelle au Canada – suivre également les discussions d’outre Atlantique sur les additifs dans les vins ou les vins artisanaux. Apprendre, qu’en Californie, l’acide tartrique fais aussi bien recette qu’en Languedoc les années chaudes et qu’il existe un truc, qui s’appelle du mega purple, qui aide à donner plus de couleur au vins rouges. Bref, qu’il y a les mêmes pratiques et problèmes partout, le même clivage entre une production qui vise à homogénéiser ses produits, à les adapter au goût d’une clientèle, qui a besoin de retrouver le même goût d’année en année, pour être rassurée et un travail avec un produit naturel, qui reflète chaque année la particularité du millésime et du terroir  qu’on laisse s’exprimer, pour justement retrouver cette variation dans la continuité, qui donne le plaisir de la découverte et de la surprise : varietas delectat – comme nous l’apprenions déjà à l’école.



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Lisson sous la neige

6 Février 2006, 20:17pm

Publié par Iris Rutz-Rudel



Alerte orange la veille et réveille blanc le matin: Lisson, ses vignes et sa vallée sous vingt centimètres de neige un samedi matin fin Janvier 2006 - cela se solde par 8 jours sans téléphone et Internet, mais aussi par ces images d'un paysage bien transformé. L'effet a duré que 36 heures - il s'est soldé par des nombreux arbres cassés. Surtout nos chênes verts avec leurs feuilles persistants n'ont pas pu résister au poids de la neige, qui était bien lourde, comme gorgée d'eau.

Pour la vigne, c'est plutôt une bonne chose, "cela tue la vermine" comme ils disent au village - et l'eau rentre dans le sol en douceur.  Dessous, il y a les premières violettes, qui montrent le nez - le printemps n'est plus très loin.

Ils arrivent un peu "après la bataille", ces images, mais les occasions d'en faire sont si rare chez nous dans le Midi, que je ne peux pas résister - comme je n'ai pas pu résister à faire le chemin complet Lisson-Olargues-Lisson le jour même, les gens d'ici appellent cela: Le Tour du Monde.

J'étais la seule à laisser mes traces - avant moi, il y avait juste quelques bêtes sauvages, qui s'étaient aventurées sur le chemin. 5 km en bottes de plus en plus lourdes aux pieds - c'était beau, mais aussi déjà un peu épuisant - avec même un petit moment de panique, quand la cheville commençait à faire grève au retour, à 2 km de la maison....

Mais le retour était d'autant plus reconfortant.


Et les photos pour vous dans l'album en face.


 

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Le Clos du Curé

25 Janvier 2006, 21:50pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Ces parcelles, tout en haut de la colline de Lisson appartenaient au début du siècle à un curé de Saint Etienne d’Albagnan. Il y faisait pousser son vin de messe, ou plutôt, il le faisait cultiver par Joséphine, sa bonne à tout faire. Une fille de la montagne, qui s’occupait du presbytère, menait quelques chèvres pour le lait et le fromage et montait travailler cette vigne haute perchée.

Est-ce Joséphine avec ces chèvres?

Elle prenait le petit chemin, qui part derrière le mazet à travers les terrasses calcaires, qui sentent bon le thym et la lavande sauvage, passe le clapas avec son buis et arrive tout en haut. Là on voit Olargues avec sa tour et de l’autre côté la femme couchée, avec sur son flanc le Prieuré de Saint Julien d’Olargues. De là on entend les deux clochers – toujours un peu décalés, d’abord celui d’Olargues et 5 minutes après celui de Saint Julien.

Olargaise sur une photo de 1890, qui porte son sa cruche
d'eau sur
une cabillade - "une allure de reine"

Après la mort du curé, c’est d’abord son frère, Marius et ensuite son neveu, Antoine Tarbouriech, qui héritait les vignes, la maison et aussi la bonne. Les vignes du haut étaient abandonnées, quand Joséphine n’a plus pu monter par le sentier. La friche et les chênes verts reprenaient le dessus. Nous étions très contents quand Antoine était d’accord pour nous vendre ces terres « Là ou je vais aller, je ne les emporterai pas dans mes poches » disait il.

Il passait pour un original au village. Discret et timide, on le voyait tous les jours traverser les rues avec sa cruche, pour aller chercher l’eau aux trois fontaines – elle était tellement plus bonne et naturelle que celle du robinet, trouvait-il. « Ras Muraille », comme ils l’appelaient, avec son chapeau de paille et sa Deux Chevaux fourgonnette. Il continuait la culture d’une petite parcelle de vigne au bord de la rivière, déchaussant les vieilles souches, pour les fumer, rechaussons à la pioche, seul pour rentrer sa récolte. Chaque année il nous mettait un petit mot dans la boite à lettre, quand il avait besoin d’un « coup de barre » pour terminer la dernière pressurée de son vin à la cave – et il nous apportait un bouquet de hyacinthes au printemps, bien ficelé avec un brin de raphia ou une cargaison de choux fleurs de son jardin fin d’été, pour nous remercier.
Il restera dans notre mémoire - lui et ses histoires de Mademoiselle Clavel, la « pauvre Joséphine », qui savait lire le temps qu’il allait faire dans les nuages.

Le Clos du Curé, défriché et planté en Pinot Noir, redonne du vin et sa première cuvée 1996 portait le nom d’Antoine Tarbouriech, qui nous a quitté il y a quelques années et, bien sûre, la cuvée 1998 était dédié à Joséphine Clavel.




Les photos sont prises du livre: Vivre en Pays d'Olargues de 1870 à 1940, édité par Robert Guiraud et publié par la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons de l'Hérault, 1986.

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Lisson sur France 3

13 Janvier 2006, 12:09pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Emission Carnets de Sud du samedi 14 Janvier à 17 h 30 sur France 3 Sud



Petit rappel : c’est donc pour demain, l’émission de France3 tournée par Alexandre Joannides et présentée par Hélène Bassas en Novembre dernier dans les Hauts Cantons de l’Hérault.


Ce Monsieur ne fait pas le menage à Lisson, mais il recueil mes "bonnes paroles" pendant l'interview



Vous allez pouvoir retrouver Stéphanie May et Valérien Tavernier de l’Auberge de la Jasse à Douch et aussi ce qui restera des 4 heures de tournage à Lisson.

pause casse-croute pendant le tournage avec Valerien et Stéphanie (en rouge), l'équipe France3 et Klaus


Si quelqu’un a la possibilité d’enregistrer l’émission (sur CD ou DVD), nous serons preneur à Lisson. Je ne suis pas sûre, que nous pourrons recevoir cela en direct sur notre système (low-watt – vous vous rappelez…)


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Un nouvel album photo et Avis de voyage

11 Décembre 2005, 19:01pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Pour vous faire patienter, pendant que je prépare mon voyage en Allemagne avec une escale à Paris au retour, vendredi prochain, où j'aurais la chance de participer à une dégustation du millésime 2002 du Domaine de la Romanée Conti, je vous ai mis un nouvel album photo. Il montre quelques prises de vue d'Olargues, un des "plus beaux villages de France", avec sa vieille tour et son Pont de Diable, les petites ruelles, ainsi que les vallées du Jaur et de l'Orb, deux petites rivières, qui se rejoignent juste en amont du Moulin de Tarrassac et du Pont en fer du même nom. L'Orb continue sa descente vers la Méditerranée en passant devant la silhouette impressionnante de Roquebrun, le "petit Nice" de l'Hérault.

 

Je vous promet quelques messages de plus, si je trouve un accès à l'Internet en route - et bien sûr, un récit complet de mes rencontres, entre autres avec Aude d'épices et compagnie  - bloggeuse française en exil à Cologne, peut-être JC Rateau, qui présente ses vins au Lafayette Gourmet le 16, et j'espère, plein d'autres.

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du nouveau pour les germanophones - Winzertagebuch in deutscher Sprache

27 Novembre 2005, 12:00pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Da mich einige meiner Leser im deutschsprachigen Raum darum gebeten haben, gibt es seit heute Nacht auch eine deutsche Ausgabe des Winzertagebuchs aus Lisson. Die ersten 4 Artikel sind on-line unter Weingut Lisson - Tagebuch einer Winzerin. Viel Spaß beim Lesen!

Suite à la demande de mes lecteurs Allemands, j'ai fait un effort en "nocturne": le journal d'une vigneronne existe maintenant aussi en langue Allemande - petit à petit je vais traduire les articles les plus importants dans ma langue maternelle.

Vous trouvez le début sous Weingut Lisson - Tagebuch einer Winzerin.



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Lisson - le retour

24 Novembre 2005, 01:11am

Publié par Iris Rutz-Rudel

Après 10 jours de presque abstinence du Web pour cause de problèmes de ligne, nous avons finalement regagné la grande vitesse...

Le combat avec les centre d'appel de wanadoo et telecom était épique, mais all's well, that ends well, j'en profite donc, de vous mettre quelques album photos en ligne, pour illustrer l'athmosphère de Lisson à l'extérieur des vignes.(voir dans la colonne de droite ->)

L'installation de l'éolienne est l'oeuvre des derniers jours, maintenant, nous attendons le vent, pour la tester.

La pluie (encore 200mm la semaine dernière) m'a permis de diminuer la montagne de paperasse, qui s'empilait sur mon minuscule bureau - le 25 novembre est la date de dépot pour la déclaration de récolte.
Pas evident d'estimer le volume en hl, si le vin est encore sous marc, mais c'est comme le ban des vendanges, la norme est la moyenne des gens.

Si la neige ne nous ratrappe pas trop, nous allons décuver dans 3 jours.




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Tournage à Lisson

17 Novembre 2005, 20:35pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Plusieurs jours sans nouvelles de Lisson et de ces habitants – il y a une raison, même plusieurs raisons à cela :

D’abord le climat : encore une alerte orange de météo France pendant 3 jours : pluies abondantes et orages (voir Singing in the rain et quelques détails climatiques) – le même scénario comme il y a un mois, troisième déluge avec des trombes d’eau et des forts orages en 2 mois – les réserves en eau pour la saison prochaine sont acquises….  La source coule de nouveau bien et les sols sont tellement gorgés, que le niveau des ruisseaux et rivières remonte en deux fois trois mouvements.

Toujours peu de dégâts à Lisson, point de ravines, quelques murs de plus écroulés par-ci par-là et des grosses flaques à éponger dans l’atelier après une nuit d’orage, mais cela n’est pas nouveau. Les cuves à l’étage et les barriques et bouteilles à la cave sont au sec – donc pas de soucie de ce côté là.

C’est la ligne de téléphone, qui a de nouveau pris la foudre à plusieurs reprises – la première nous a surpris et depuis 4 jours, l’ADSL ne fonctionne plus, donc plus d’accès rapide et facile sur le Net, ce qui explique la retenu sur le blog. Mais après une demi-douzaine d’appelles avec les services de wanadoo et France Télécom  (0,34€ la minute, vous connaissez tous le couplé des files d’attente, des numéros à taper et des conversations à recommencer avec votre sixième interlocuteur d’un centre d’appelle – les 48 heures, qui deviennent 72, le technicien, qui va se déplacer, restez à côté de votre téléphone, il va vous contacter… « We can be heroes » est le tube de ces derniers jours…)

Et au beau milieu de tout cela la visite d’une équipe de tournage pour une émission qui va passer à la télé en janvier 2006. C’est le sympathique couple de l’Auberge de la Jasse, Stéphanie et Valérien, qui vont être au centre de l’émission et qui présentent leurs amis et fournisseurs, le maraîcher bio, qui fait pousser les légumes, l’éleveur, qui fournit les fromages, et aussi les vignerons de Lisson et leurs vins. Ils sont d’ailleurs les seuls restaurateurs du Languedoc à les avoir sur leur carte – au moins à ma connaissance.

Une visite du réalisateur (Alexandre Joannides, un joli nom grecque, mais originaire de Bourgogne, donc amateur de Pinot !) il y a deux semaines avait permit de mettre en place un script pour le tournage – visite du vignoble style « Balade sur la colline de Lisson », décuvage et travail du pressoir et dégustation à la cave – le tout pour une petite séquence dans la future émission.

150 à 200 mm/cm² d’eau la vieille me laissaient songeuse sur la date choisie – de toute façon : pas question de décuver et de toucher au vin avec un temps de marin pareil ! Il va falloir improviser – si le niveau du ruisseau a assez baissé pour laisser passer la caravane…

J’étais très pessimiste en me couchant lundi soir et je le restais toute la nuit en écoutant le concert des torrents et le bruit de la pluie, qui tambourinait encore plusieurs heures sur les toits.

Je me réveille toute cassée le matin – des brumes dans la tête, éviter le regard dans la glace, c’est mieux – et des brumes devant la porte, mais miracle, la pluie a cessé, encore quelques coups de serpillière dans l’atelier, éponger la table et les bancs sous le cerisier et on commence avec un pique-nique improvisé et arrosé d’une bouteille de Moulenty 2000, Merlot en pleine forme (la bouteille et son contenu – pas moi !).

Ensuite au boulot : Valérien m’accompagne à travers les terrasses sur la colline – les micros accrochés aux revers – les techniciens avec la lourde caméra, le trois-pied, la perche pour le son avec sa fourrure, et l’équipement son en bandoulière nous suivent dans la monté, nous prennent du dos, nous devancent, pour nous voir arriver de plus bas - stop, repartez, stop, encore une fois, plus à gauche, plus à droite – et ne jamais regarder la caméra.




Au bout d’un moment, c’est facile – Valérien découvre le paysage en bas, les différents cépages et conduites, pose des questions, c’est comme les autres ballades avec des visiteurs, qui découvrent les vignes pour la première fois. C’est seulement quand il faut reprendre un passage, recommencer un commentaire, que nous sentons, que nous ne sommes pas des professionnels. J’ai du mal à redire la même chose deux fois, donc j’improvise, change le point de vu, me rende compte, que je manque un peu de souffle (cela grimpe parfois dans les « échelles »), que le timbre de ma voix est plus pressée que d’habitude, que je fais des grands gestes (comme d’habitude !), pas cool, que je trébuche sur un mot « difficile », comme la vraie éstrangère que je suis.

… et je m’éparpille, trop longue, pas assez concis, trop de détail – dans la vraie vie, ce n’est pas grave, on peut reprendre une question plus tard, autour de la table, illustrer une idée en guidant le regard de l’autre, ici, c’est l’emplacement de la caméra, qui devrait guider notre regard. Je manque de discipline – et là, je le regrette.





Au bout de 2 heures et demi la ballade est accomplie – les techniciens sont contents de regagner du terrain plat et nous posons à la table devant la porte pour une autre séquence, tant que la lumière est bonne – question : le mode de culture, bio, biodynamie ou quoi – et pourquoi pas certifié .. encore un sujet qui pourrait remplir une heure de discussion.. ici à traiter en deux minutes. Au moins  un verre d’eau de notre bonne source, pour se mouiller le gosier.

Entre temps, l’éclairagiste a installé sa lumière dans la cave – nos installations 12 volts à l’économie ne suffisent pas aux exigences du tournage. J’ouvre une bouteille du Clos du Curé 2003, donc du Pinot Noir et suis censée commenter mon vin.  Autre piège, parce que j’ai toujours beaucoup de mal à commenter mes propres vins. Je sais, comment je les aie fait, comment ils ont évolués de la vigne jusqu’à l’élevage dans les barriques, je décide du moment de la mise en bouteille et après, je préfère les oublier un long moment.

Je sais d’avance, que le vin va être fermé, c’est un jeunot, ce 2003, on sent sa puissance, mais la structure n’est pas encore totalement en place, l’élevage en barrique est encore présente, je devrais parler de la patience, qu’il faut pas seulement pour le faire, mais aussi pour ensuite attendre, qu’il se fasse, qu’il suit son chemin, pour arriver à cet équilibre, qui un jour en ferra un grand vin. Tout cela, en ce moment dans la cave, je le sais, je le sens, les éléments sont là, devant moi dans ce verre, mais son moment de vérité n’est pas encore venu – mais dire cela avec assurance me semble grandiloquent, donc je ne le dis pas – d’ailleurs, je ne sais plus, ce que j’ai dit.

Bon, encore un éclairage spécial sur la voûte et le rocher au fond, c’est beau comme cela – un instant je pense, que c’est peut-être vraiment cette partie de la maison qui existait déjà en 1482, quand on parle pour la première fois de Lisson dans des papiers, qui se trouvent aux archives de Montpellier.

Nous sortons de la cave, la nuit tombe bientôt – tout le monde est fatigué, 4 heures pour 5 minutes, quel travail !  La caravane s’en va – et je reste derrière avec l’impression, que c’est maintenant, qu’il faudrait tout commencer, je saurais mieux, quoi dire et quand, c’est maintenant, que mes idées sont de nouveau en place, que le trouble s’est décanté et que les phrases justes me reviennent.



Je n’ai pas parlé du terroir, du rêve de Claude, qui était à l’origine de l’aventure, de faire un grand vin sur cette colline, des années passées en préparation, dans nos têtes, à l’école, sur le papier et finalement dans le terrain – presque un an de défrichage, d’analyses avec Claude Bourguignon, qui s’extasie dans le Cirque des Cèdres devant la richesse microbienne de cette terre, qu’il compare à la Coulé de Serrant, des préparations, des tonnes de cailloux, de ce schiste flychoide, qui oscille de toutes les couleurs, sorti du terrain en montant sous un soleil ardent, des journées, que Claude a passé à briser ces plaques à la masse, pour pouvoir passer la charrue à treuil, sillon après sillon, pour monter la terre et tenir le sol propre, le temps que les jeunes racines se frayent leur chemin en profondeur.  La peine des premières années, une période de sécheresse, sans pouvoir acheminer l’eau, qui aurait pu sauver les jeunes plants, jusqu’en haut de la colline, à compter les plants, qui n’avaient pas résisté à cette épreuve. Les journées passées courbé dans la pente, pour arracher à la main l’herbe autour des pieds. La déception aux premières récoltes, de revenir avec l’équivalent d’une comporte sur 1,5 ha, le reste dévasté par les sangliers.  « La cuvée de la clôture », le 1997, un Pinot et un Mourvèdre, mis en bouteille pour avoir un vin à vendre qui aide à financer cette fameuse clôture électrique, installée sur un kilomètre et demi à travers 14 terrasses, ancrée dans le roque, pour sauver le raisin – et son peu d’efficacité face à l’assaut de la sauvagine constaté par la suite.

La mise en bouteille après 24 mois d’élevage en barriques du 1996, 900 bouteilles, et mon horreur devant cette soupe de chêne – et l’émerveillement aujourd’hui devant le vin mûr, épanoui de ces mêmes bouteilles, devenues trop rares dans ma cave. La preuve, qu’il n’y a pas que du slow-food, mais aussi du slow-drink – qu’il faut laisser le temps au temps et au vin de Lisson, pour que le jeune sauvage viril se transforme en homme mure, plein de force, mais assagi par les années.

Claude serait fier de ce résultat – et Klaus, qui m’épaule depuis sa mort, m’aide plein d’énergie à continuer et améliorer cette quête du vin, qui  me remplit de bonheur. Ce vin, qui n’était qu’un rêve, il y a 20 ans, ces vignes arrachées aux terrains incultes depuis 50 ans, plantées selon nos idées de qualité, de travail respectueux de la terre et de la faune et flore autour, raisin ramassé et vinifié avec passion et patience, année pour année – je l’aime, ce vin de « bonne » table.


Mais malgré que je ne sois pas contente de ma prestation devant la caméra, j’ai quand même appris quelque chose pendant ce travail de tournage et déjà je regarde chaque petite séquence d’un reportage ou filme d’un autre œil – un peu comme pour un vin, que je goûte : j’aime analyser, comment c’est fait et ce regard analytique, qui accompagne le simple : cela me plaît ou cela ne me plaît pas, augmente mon plaisir et me laisse plus estimer le travail, qui se cache derrière le résultat.


Et pour boucler la boucle de ce mot : France Télécom nous annonce encore 48 heures d’attente avant un passage du technicien – à suivre….










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