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Lisson - infos autour de la vigne et du vin - et d'autres choses

Le Clos du Curé

25 Janvier 2006, 21:50pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Ces parcelles, tout en haut de la colline de Lisson appartenaient au début du siècle à un curé de Saint Etienne d’Albagnan. Il y faisait pousser son vin de messe, ou plutôt, il le faisait cultiver par Joséphine, sa bonne à tout faire. Une fille de la montagne, qui s’occupait du presbytère, menait quelques chèvres pour le lait et le fromage et montait travailler cette vigne haute perchée.

Est-ce Joséphine avec ces chèvres?

Elle prenait le petit chemin, qui part derrière le mazet à travers les terrasses calcaires, qui sentent bon le thym et la lavande sauvage, passe le clapas avec son buis et arrive tout en haut. Là on voit Olargues avec sa tour et de l’autre côté la femme couchée, avec sur son flanc le Prieuré de Saint Julien d’Olargues. De là on entend les deux clochers – toujours un peu décalés, d’abord celui d’Olargues et 5 minutes après celui de Saint Julien.

Olargaise sur une photo de 1890, qui porte son sa cruche
d'eau sur
une cabillade - "une allure de reine"

Après la mort du curé, c’est d’abord son frère, Marius et ensuite son neveu, Antoine Tarbouriech, qui héritait les vignes, la maison et aussi la bonne. Les vignes du haut étaient abandonnées, quand Joséphine n’a plus pu monter par le sentier. La friche et les chênes verts reprenaient le dessus. Nous étions très contents quand Antoine était d’accord pour nous vendre ces terres « Là ou je vais aller, je ne les emporterai pas dans mes poches » disait il.

Il passait pour un original au village. Discret et timide, on le voyait tous les jours traverser les rues avec sa cruche, pour aller chercher l’eau aux trois fontaines – elle était tellement plus bonne et naturelle que celle du robinet, trouvait-il. « Ras Muraille », comme ils l’appelaient, avec son chapeau de paille et sa Deux Chevaux fourgonnette. Il continuait la culture d’une petite parcelle de vigne au bord de la rivière, déchaussant les vieilles souches, pour les fumer, rechaussons à la pioche, seul pour rentrer sa récolte. Chaque année il nous mettait un petit mot dans la boite à lettre, quand il avait besoin d’un « coup de barre » pour terminer la dernière pressurée de son vin à la cave – et il nous apportait un bouquet de hyacinthes au printemps, bien ficelé avec un brin de raphia ou une cargaison de choux fleurs de son jardin fin d’été, pour nous remercier.
Il restera dans notre mémoire - lui et ses histoires de Mademoiselle Clavel, la « pauvre Joséphine », qui savait lire le temps qu’il allait faire dans les nuages.

Le Clos du Curé, défriché et planté en Pinot Noir, redonne du vin et sa première cuvée 1996 portait le nom d’Antoine Tarbouriech, qui nous a quitté il y a quelques années et, bien sûre, la cuvée 1998 était dédié à Joséphine Clavel.




Les photos sont prises du livre: Vivre en Pays d'Olargues de 1870 à 1940, édité par Robert Guiraud et publié par la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons de l'Hérault, 1986.

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des goûts et des couleurs...

21 Janvier 2006, 20:27pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Beaucoup de réactions sur „Les Perles aux Cochons“ – comme toujours, cela m’amène à y réfléchir  pendant ma journée dans la vigne.

J’ai refait un voyage en arrière, pour me rappeler mes premières expériences et rencontres avec le vin, retracer mon cheminement vers « la noble boisson »…

Je suis née dans une ville et une région d’Allemagne, qui est plus réputée pour ses brasseries que pour son vignoble – c’est simple, il n’y en a pas.

La boisson quotidienne pour les hommes étaient la bière – les femmes (au moins dans ma famille) n’en buvaient pas, peut-être une bière à la malte, sucrée, qui était réputée d’être saine pour les femmes allaitantes et qui était parfois autorisée en petite quantité pour les enfants.
Je ne pense même pas, qu’il y avait des verres à table pour les repas de tous les jours.

Le vin faisait son apparition pour des occasions exceptionnelles, comme les fêtes de famille, les anniversaires, les mariages, Noel. Là, on sortait les verres en cristal et on ouvrait une bouteille, achetée express pour ce jour là. D’habitude un vin blanc, doux, de préférence de la Moselle et acheté au supermarché, genre Liebfrauenmilch ou Kröver Nacktarsch, probablement à cause des noms, sur lesquelles on pouvait digresser à table (lait des femmes gentilles et cul nu de Kröv).

J’aimais les verres, mais je ne m’intéressais pas au contenu – et c’est resté comme cela jusqu’à ce que je commence mes études. Entre étudiants, nous partagions un grand plat de spaghetti pour les repas en commun et la mode était aux bouteilles de deux litres d’un vin rouge italien très bon marché – genre Valpolicella – du temps en temps une bouteille de Chianti – de préférence une de ces bouteilles enveloppées de paille, par ce qu’on pouvait l’utiliser après pour y mettre des bougies « coulantes » et avoir ainsi après quelque temps une pièce de décoration comme dans les premières pizzerias, qui commençaient à ouvrir dans les villes.

Les deux vins avaient la réputation de faire mal à la tête et n’incitaient pas à devenir « amateur » de cette boisson.

Quand je commençais à avoir les moyens de sortir au restaurant du temps en temps, j’avais appris d’un « connaisseur », que la méthode la plus sure, pour ne pas tomber dans le piège du vin blanc sucrée (qui faisait également mal à la tête), était, de commander une bouteille avec un sigle jaune pour « diabétiques » - synonyme d’un blanc sec à l’époque.

À la maison, pour les repas avec des invités, nous avion entre temps dégotté l’adresse d’un vigneron de la Weinstraße dans le Sud de l’Allemagne, qui faisait un blanc sec (plutôt acide), qu’il vendait en bouteille d’un litre et qu’il livrait dans des casiers en bois pour 20 bouteilles jusqu’à la maison une fois par an. Nous buvions cela avec tout (les amateurs de rouge achetaient des cubies de 5 litres de vin français à l’époque, qu’ils servaient dans des brocs en verre). Les bouteilles vides étaient stockées dans leur casier à la cave et reprises par le vigneron à sa prochaine tournée des clients.

Par mis tous nos amis, il y avait qu’un seul « passionné » de vin, qui nous racontait parfois ses réunions de dégustation avec ses amis plus fortunés, qui avaient une « cave » à la maison. C’est pour lui aussi, que j’achetais la première grande bouteille de ma vie : pour lui remercier d’un service, qu’il m’avait rendu, j’allais jusqu’à Cologne chez un caviste, acquérir une bouteille de Mouton Rothschild, vin dont je l’avais entendu parler avec tant d’émotion. Je pense, c’était le millésime avec l’étiquette signée de Marc Chagall, donc probablement le 1970, que j’ai payé quelque chose comme 35 € à l’époque – pour moi une folie, comme on ne les fait que pour un vraie ami.

Ma connaissance en vin – allemands ou français – s’arrêtait là, quand j’arrivais en France, dans le Languedoc et ainsi en pleine région viticole, où le vin était un aliment des repas de tous les jours chez les gens, que je rencontrais ensuite.

Mais là aussi, je n’aurais pas de sitôt développé mon goût, par ce que chez les copains, on buvait du rouge acheté en cubie à la coopérative du coin ou, si on voulait du meilleur, chez le premier vigneron en cave particulière dans la ronde (Navarre à Roquebrun – pour ne pas le nommer). Je n’aurais jamais découvert le plaisir du vin, si je ne serait pas tombé sur Claude Rudel, fils de viticulteur du côté de Lodève, élevé depuis tout petit avec la petite goutte de rouge, pour colorer le verre d’eau à table, mais bourlingueur dans sa jeunesse, qui avait découvert en voyageant, qu’il y avait autre chose que le gros rouge qui tache. En Suisse, en Belgique – chez des gens, qui lui faisaient découvrir les Bordeaux et des Bourgogne et qui nous apprenaient lors de leurs visites, que même dans le Midi, il y avait des vignerons, qui s’étaient émancipés du Carignan et élaboraient des bouteilles, qui leur valaient le déplacement des amateurs du Nord.

Et c’est de là, qu’est partie l’aventure de Lisson : de l’idée, que chez nous aussi, on pouvait travailler un terroir propice à autre chose qu’à la « bibine », si on se donnait la peine.

François Guy de Château Coujan, grand homme du vin et précurseur des cépages nobles dans la région avec ses Vins de Pays Cabernet-Merlot, ses Mourvèdres de sa propre sélection massale était notre premier idole – Emile Guibert de Daumas Gassac, plus marketing dans sa démarche, lui emboitait le pas. Le cercle des vignerons qui se rencontraient lors des journées de Béziers Oenopole, organisées avec brio par Pascal Frissant, nous encourageait dans la démarche.

Morale de toutes ces réminiscences ?

On peut arriver à la passion du vin par des voies détournées. Il y a un âge pour les boissons « fun » - une mode ne forme pas forcement le goût, mais n’empêche pas  non plus de faire d’autres expériences après. Les voyages forment le goût – et notre goût peut évoluer, tant qu’il y a des fous, qui s’entêtent à nous fournir le fruit de leur passion.

L’ami d’antan a probablement bu son Mouton Rothschild entre temps – à l’époque, j’aurais refusé d’en boire, pour ne pas mettre « des perles aux cochons » - tellement j’aurais été sure, de ne pas pouvoir juger de la différence… Il m’a téléphoné il y a deux ans, pour me féliciter de ma première cuvée des Échelles de Lisson





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Des vins aux cochons

18 Janvier 2006, 14:15pm

Publié par Iris Rutz-Rudel



Vue la description, cela doivent être des vraies perles, cette

Nouvelle gamme de vins à l’habillage „fun“  pour nouveaux consommateurs de 20 à 30 ans au prix psychologique dans le cœur du marché (moins de 3 €), gourmand, fruité, sucré, facile à boire et avec des  bouteilles repérables à 5 mètres.
Mais ses consommateurs seront rassurés grâce au petit cochon, qui indique la bonne température !

En plus, vous pouvez choisir entre le bouchon en synthétique couleur fluo ou la capsule à vis Stelvin – et si vous trouvez tout cela encore trop compliqué, achetez le même vin en BIB.

Une authentique AOC – commentaire d’un bloguer, critique du vin allemand :  "cascade de mots foudroyante et branchée pour un vin, qu’on n’arrive plus à vendre. "

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Le Goût du Terroir?

15 Janvier 2006, 15:14pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

« Nos Ancien éprouvoient par l’eau, la terre qu’ils destinoient à la vigne ;ils enlevoient une motte de deux pieds de hauteur, ils en prenoient quelques pincées du fond, du milieu & du dessus ; ils mêloient ces trois essais, & les batoient dans un verre, plein d’eau de pluie, bien nette ; & ensuite après l’avoir laissé reposer jusqu’à ce que toute la terre fût au fond du verre, & l’eau bien claire, ils y goûtoient, & jugeaoient, par la saveur de l’eau, de celle que le raisin, qui naîtroît de la même terre, donneroit au vin, en supposant qu’il auroit le même goût que l’eau : mais cette expérience paroît trop peu sûre pour s’y fonder. »

p.407 La Nouvelle Maison Rustique, Tome II


Trouvé en feuilletant dans un des trésors de ma bibliothèque, l’édition en deux tomes de

La Nouvelle Maison Rustique, ou Économie Générale des tous les Biens de Campagne. 9ième édition de M. DCC. LXVIII, Tome II -  dans le chapitre sur la plantation de la vigne.



Je n’ai pas encore essayé la « recette » - à priori à moi aussi, elle me « paroît trop peu sûre pour s’y fonder »  - mais la curiosité va me pousser à l’expérience, dès que la pluie cessera.



Si vous voulez vous régaler aussi avec la lecture de ce trésor de savoir ancestral et de bons conseils, je ne peu que vous conseiller de vous rendre sur la page de histoire-genealogie.com, où Thierry Sabot a retranscrit en neuf chapitres « L'année du laboureur » de ce même livre, augmenté de commentaires.


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Lisson sur France 3

13 Janvier 2006, 12:09pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Emission Carnets de Sud du samedi 14 Janvier à 17 h 30 sur France 3 Sud



Petit rappel : c’est donc pour demain, l’émission de France3 tournée par Alexandre Joannides et présentée par Hélène Bassas en Novembre dernier dans les Hauts Cantons de l’Hérault.


Ce Monsieur ne fait pas le menage à Lisson, mais il recueil mes "bonnes paroles" pendant l'interview



Vous allez pouvoir retrouver Stéphanie May et Valérien Tavernier de l’Auberge de la Jasse à Douch et aussi ce qui restera des 4 heures de tournage à Lisson.

pause casse-croute pendant le tournage avec Valerien et Stéphanie (en rouge), l'équipe France3 et Klaus


Si quelqu’un a la possibilité d’enregistrer l’émission (sur CD ou DVD), nous serons preneur à Lisson. Je ne suis pas sûre, que nous pourrons recevoir cela en direct sur notre système (low-watt – vous vous rappelez…)


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Le malaise viticole dans le Languedoc

11 Janvier 2006, 13:32pm

Publié par Iris Rutz-Rudel


Allez lire ce dossier du Midi Libre, qui met quelques visages à ce malaise, qui a aussi dévié en maladie parmi les amis vignerons, que j’ai vu  démarrer plein d’espoir il y a quelques années autour de moi. La dépression dans les têtes fait tache d’huile et la profession de psychos aura des jours gras devant – si la sécu paye…

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Question test pour un caviste

10 Janvier 2006, 20:19pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Vous vous rappelez de mon passage chez les « Caves du Panthéon », rue Saint Jacques avant la dégustation du soir.

Comme l’accueil avait été sympathique, je m’étais promis d’y retourner sur mon chemin vers la gare et de poser la question « test », que je dois souvent poser lors de mes voyages : « Je ne peux emporter qu’une seule bouteille (si je n’ai pas déjà 5 kg de livres en trop, c’est parfois 3 bouteilles) – quelle vin est-ce que vous me conseillez ? »

En bon professionnel, le caviste cherche à sonder un peu mes goûts. Sur la question : dans quel ordre de prix, je ne peu que rétorquer : pas d’importance – pour une seule bouteille, je ne vais pas me formaliser (bon, j’admets, qu’au-delà de 100 €, j’aurais tiré le frein – mais une bonne bouteille vaut bien le prix d’une chambre d’hôtel à mon avis).

Donc interrogée, j’essaye de définir mes attentes – c’est toujours plus facile par le négatif :

Pas forcement un vin trop facile à boire, pas un vin simplement sur les arômes primaires de fruit, pas à boisé dominant non plus, pas technologique, pas gouleyant, pas des vins soit disant « féminins ».

J’aime les vins, qui ont de la texture en bouche, des vins tactiles, des saveurs un brin sauvages, s’il y a des tannins, qui accrochent encore un peu (vu que je les bois toujours trop jeunes), cela ne me dérange pas. Avec tout cela, pas de préférence pour des cépages ou des régions. Ah oui, j’avais dit, que je voulais un vin rouge.


Le caviste m’a écouté attentivement – et m’a sorti une bouteille de Faugère, Domaine Barral.

Vous vous imaginez, que je suis sortie avec autre chose – je n’allais pas rapporter du charbon à Newcastle ou des hiboux à Athènes (comment est-ce qu’on dit cela en Français ?) – mais j’ai bien aimé l’expérience – et j’étais prête à lui faire aveuglement confiance pour la bouteille, qu’il m’avait choisi ensuite.

Dernière anecdote de mon passage à Paris – et après, je le promets, je reste dans le Sud et si le timide soleil, qui a pointé après une semaine de grisaille froid humide, se confirme pour demain, je commence la taille de la vigne !




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Meilleurs Vœux pour 2006

1 Janvier 2006, 22:37pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Meilleurs Vœux pour 2006!

Et spécialement pour Olif – le récit de « ma première rencontre avec Michel Bettane dans les vignes de Lisson ».

Imaginez vous une belle journée ensoleillée du début des années 1990 à Lisson – une voiture descend lentement le chemin d'en face, le chien, Philibär à l’époque, aboie et je vais à l’encontre des arrivants.

Quel belle surprise, c’est notre ami Philippe Catusse de Béziers, pas encore caviste à l’époque, mais déjà féru amateur et connaisseur en vin, qui nous rend visite. Dans sa compagnie un couple d’âge moyen, que je ne connais pas.

Tout le monde s’exprime sur la sauvagerie du lieu, la beauté de notre grande ruine – et finalement, Philippe me présente ses compagnons comme Michel Bettane et son épouse.

Je ne peu pas dire, que l’annonce me laisse de marbre! Cela fait quelques années, que nous sommes abonnées à la Revue de Vin de France, donc le nom m’est tout à fait familier. Les réflexions se bousculent dans ma tête – première réaction : c’est magnifique, mais c’est quelques années trop tôt. Nous venons juste de planter notre vigne, il n’y a rien dans la cave, à peine quelques feuilles sur les jeunes plants, bref : il n’y a rien à montrer, rien à déguster – à quoi bon, d’avoir un de meilleurs dégustateurs de France et Navarre à la maison à ce stade ? (et : à bon, je n’avais jamais imaginé qu’il pourrait y avoir une Madame Bettane…)

Mais il est là, notre ami l’a amené, donc il faut garder contenance et rester le plus naturel possible.

Nous entamons donc l’ascension de la colline. Je montre les jeunes plants, explique le choix du cépage, la conduite, la taille : ici le Mourvèdre en gobelet, prévu à 3 bras, les coursons à un œil franc. Attention, cela monte aux terrasses suivants – oui, nous avons gardé les oliviers, qui ont repoussés des vieilles souches après le gel de 56. On arrive dans les Échelles de Lisson, Côt, Cabernet Franc et Cabernet en cordon de Royat sur fil de fer. Oui, le clivage en diagonale entre schiste et calcaire se trouve exactement ici, sous les Pinot du future Clos du Curé.

Stop, ne commet pas l’erreur de te concentrer que sur les hommes, la politesse et la solidarité féminine demandent quelques phrases sur la vie sans électricité et sans eau courante à la maison, la beauté de la vue… avec Madame.

Il a du courage, ce Monsieur Bettane, et il s’intéresse vraiment à ce que je raconte, dommage, qu’on n’est pas 8 à 10 ans plus tard.

Arrivé en haut de la colline, où la vue sur la vallée et les montagnes en face est splendide, comme toujours, ce n’est plus que l’effort de la monté, qui me coupe un peu le souffle – je me suis adapté à la situation, je me trouve souveraine, naturelle. Nous pouvons attaquer la descente par le magnifique cirque du Clos des Cèdres, pour regagner la maison.

Après un verre d’eau de source bien mérité après une telle ballade, je trouverais bien une bonne bouteille d’un de nos amis vigneron à la cave, pour montrer, vers où va notre aspiration – un vin de Hildegard, de la Grange des 4 Sous ou un vin de schiste de Thierry Navarre – ou la Syrah, qui a fait 4 ans en barrique de notre ami Serge Boissezon – je ne vais pas lui sortir un Daumas Gassac ou le 87 de Bébian, il va connaître cela depuis longtemps…

Ouf, nous sommes bien arrivés en bas et Claude, mon mari, me rejoint. Il va aussi être surpris, mais il va voir, que j’ai bien représenté la maison

Philippe me devance dans les présentations : « Salut Claude – je te présente mon beau frère et sa femme ».

Là-dessus, il faut m’assoir – la tête toute rouge – et ce coup-ci, cela ne vient pas de l’effort de la monté. Mais bon sens, c’est bien sûr pas lui – il ne ressemble nullement à sa photo, que j’ai du voire des douzaines de fois sur les pages du magazine. Ils m’ont bien fait marcher !

Je ris avec tout le monde – peut-être un peu jaune, quand même. Et nous passons une bonne fin d’après-midi.

Moral de l’histoire : avec un peu plus d’humilité de ma part, je ne serais pas si facilement tombée dans le piège. Mais malgré ma gorge serrée au début, j’avais bien voulu y croire – moi ! Nous étions finalement partis pour faire un grand vin à Lisson, donc rien de si spécial au fait qu’il allait passer un jour. Mais on ne me la ferra pas une deuxième fois, celle là.

Vous imaginez donc mon fou rire intérieur l’autre jour, presque 15 ans après, quand j’ai tout de suite reconnu Monsieur Bettane sur l’estrade de la cave des Grains Nobles. Dommage, que je n’ai pas eu l’occasion, de lui raconter l’histoire.

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qu'en disent les autres?

28 Décembre 2005, 10:51am

Publié par Iris Rutz-Rudel


Comme j'avais un peu honte de vous laisser sur votre faim avec mes notes plutôt frustre sur les vins présentés hier, j'ai cherché sur la toile, pour vous trouver des descriptions plus hautes en couleur...

J'en ai trouvé qu'en anglais, la pluparts datent du mois de février, donc d'il y a 9 mois. Il y est question de plus de fruit, surtout de cerise, que je n'ai pas du tout sentie, et de fraise - pareille, pas présente pour moi. Je m'accorde sur les pétales de fleurs (si je parle de savon et de parfum, c'est étroitement lié à mon goût très personnel pour les parfums floraux - même si j'en mets jamais sur moi, parce que  c'est interdit à la cave et me gène aussi à table...).

Vous trouvez donc ces notes ici:      wine journal 1

                                                         wine pages
                           
                                                         burgundy report

                                                         wine journal 2




Et un petit survol de mes notes sur les millésimes 2003 et 2004 d'après Aubert de Villaine:

"2003 sera quelque chose d'à part dans la bibliothèque des vins de la Romanée-Conti. Les vendanges se situaient à 1 mois de différence entre 2003 et 2002. Le domaine a préféré vendanger plutôt tôt, pour éviter l'acidification des mouts.

Le rendement moyen se situait autour de 15 hl/ha avec extrêmement peu de jus. Pour le 2003, les tannins ont pris la place de l'acidité - cela sera un vin, qui se garde!

Actuellement, 2004, tout en finesse et transparence surpasse les 2003."






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Domaine de la Romanée-Conti millésime 2002

27 Décembre 2005, 16:27pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Derrière la vitrine  un peu poussiéreuse de la boutique de Grains Nobles, 5 rue  Laplace, petite ruelle derrière le Panthéon, c’est difficile, de se faufiler entre caisses et minuscule comptoir. Claire, une très gentille jeune femme, prend mes coordonnées, oui, je suis bien inscrite, et je peux descendre l’étroit escalier en colimaçon vers la cave voûtée, où se déroule la dégustation.



Je choisie une place proche de l’estrade au fond  et prends le temps de regarder, qui seront les autres passionnés, qui compléteront l’audience de cette dégustation de fin d’année au Grains Nobles.

Un Monsieur en face de moi me fait remarquer, que je fais déjà figure d’exception, parce qu’aux dernières dégustations, il n’y avait pas de femmes.  Mais à mesure que la salle se remplit, je perds mon statut de tâche rouge : au moment de commencer, nous sommes 7 représentantes de la gente féminine – et chose, qui me semble encore plus remarquable : il y a au moins un tiers des présents, qui ont visiblement moins que 35 ans. Je ne fais plus parti de ce groupe depuis longtemps, mais cela me met quand même plus à l’aise.

L’atmosphère est polie, même chaleureuse, les voisins de fortune de table se présentent. Mon voisin à gauche vient des États-Unis, un monsieur d’en face du Bordelais. J’aimerais bien faire une petite enquête auprès de tout le monde, toujours curieuse… mais je n’ose finalement  pas.

Sur les tables devant nous un napperon en papier avec les 6 verres, un crachoir et la liste des vins de ce soir :

Domaine de la Romanée-Conti, Bourgogne, Millésime 2002:

Echezeaux – Grand Echezeaux - Romanée Saint Vivant – Richebourg – La Tâche – Romanée-Conti

Trois Messieurs prennent place sur l’estrade, celui du milieu se trouve drôlement bien encadré pour cette soirée et je profite de sa détente, pour demander l’autorisation de prendre une photo (le virus du blogguer, qui veut tout enregistrer).



Je suis tout de suite charmée par le monsieur au milieu et très contente, de comprendre, que c’est lui, Aubert de Villaine, un des propriétaires du prestigieux domaine.

On m’explique, qu’à sa droite se trouve Bernard Burtschy, muni de son ordinateur portable, pour prendre des notes et à sa gauche Michel Bettane, dont le nom et la bouille me font sourire et même légèrement rougir – mais c’est une autre histoire, que je vais raconter à mon voisin de table après la dégustation…

Le public est complet (env. 23 personnes) et Aubert de Villaine ouvre la soirée avec le « filme » du millésime 2002  en Bourgogne :

Comme souvent typique pour la Bourgogne, cette année aussi a vu se suivre une période où la nature était plutôt adverse et une période miraculeuse, qui dans leur synergie ont donné un beau millésime.

La sortie des raisins était précoce et abondante, mais un épisode pluvieux début juin occasionnait beaucoup de millerandage. Une deuxième belle période autour du 10 juin encourageait d’autres ceps à fleurir tard et développer des grosses grappes.

Très tôt il était donc visible, qu’on allait vers deux types de récolte :

a) une de plants fins des vieilles vignes avec peu de rendement et un bel équilibre

b) une de gros ceps avec plus de récolte.

Sur les vignes du type a, juillet et août, avec leurs chapelet de pluie et soleil au bon moment, rendaient la peau des raisins résistant, sur le type b, il y avait quelques traces de botrytis fin août, qui, avec plus de pluie, auraient mené à la catastrophe, mais un beau soleil jusqu’au 15 octobre sauvait la mise.

À partir du 3 septembre, la maturation avançait vite et on constatait une élévation de 1 à 2 ° par semaine. La décision pour la récolte tombait pour le 20 septembre, entre 12,8 et 13° potentiel – la vendange s’échelonnait sur 10 jours.

La vendange comportait deux passages, d’abord les vieilles vignes du type a avec leur raisins fins et parfaitement sains, trois jours après les raisins du type b, moins sains, donc demandant plus de trie. Finalement majoritairement destinés pour le Vosne Romanée 1er Cru.

En dehors de l’effet millésime, il y a quelques règles générales dans la culture des vignes, qui influencent la qualité des raisins.

Le Domaine est mené en culture biologique depuis 1985, entre autre selon les conseils de Claude Bougignon, qui nous en avait déjà parlé, quand il était venu à Lisson en 1990, pour faire nos prélèvements de terre.

Cette culture biologique avance la maturité des raisins en moyen d’une semaine, entre autre probablement, parce que la feuille n’est pas occultée par les produits de traitements et peut ainsi mieux faire son travail de photosynthèse.

Les vignes sont plantées avec une densité de 10.000 plants par hectare et menées avec un rendement de 27 à 30 hl maximum/hectare. (J’en rêve à Lisson d'avoir autant…). Les plants sont issus d’une sélection massale au domaine, d’aujourd’hui 60 clones obtenus de cette sélection, on espère progresser à 100 à 120 clones dans l’avenir, pour garder la biodiversité du matériel végétale. »Maintenant, on connaît cela, nous avons les éléments aujourd’hui, pour progresser. Même un domaine comme le notre a encore de la distance pour progresser ».(dixit AdV)

Le travail au domaine tient aussi à la qualité de ces hommes. 30 personnes s’emploient à garder cette qualité. Pour le moment de la taille, même ici, ce n’est pas possible, de tout coordonner pour une taille le plus tard possible, qui se déroulerait qu’en mars.

Les sols, assez maltraités dans les années 50, se sont bien remis avec des apports de compost de sarments broyés plus marc plus 25% de fumier, qui sont épandu tous les 3 ou 4 ans à raison de 2 à 3 tonnes / hectare.

6 à 7 hectare du domaine sont menés en bio-dynamie, mais les expériences jusque là ne montrent pas de différence entre la « bonne » bio et la bio-dynamie.

Le principe de base est, d’intervenir le minimum possible sur les raisins, parce que « dès qu’on intervient sur des raisins de ce type là, on baisse la qualité »(AdV)


Après un trie, selon l’exigence de l’année, à la récolte, la vinification dans une cuverie simple est aussi peu interventionniste. Selon l’année aussi, on garde plus au moins de pourcentage de rafles. Mais on essaye, de garder le début de la fermentation à l’intérieur des baies « il ne faut pas, que la fermentation commence dans le vin ».

Chaque cru a ses levures, mais les fermentations sont assez proches.

L’élevage  suit dans des futs neufs à chauffe moyenne. Le bois des futs est choisie longtemps d’avance – ils sont fabriqués, comme les bouchons et les bouteilles plus tard – « sur mesure ».

La mise en bouteille se fait en douceur. Pour le 2002, elle se déroulait en février – mars 2004, après seulement un soutirage pendant l’élevage.  Selon l’emplacement et le nombre des futs, la mise se passe par chèvre (reconnaissable selon Michel Bettane à une différence parfois perceptible entre les bouteilles du haut et celles du bas du fut) ou par assemblage de 5 pièces dans une cuve et mise par gravité ensuite.

Un travail encore accru sur la traçabilité doit dans l’avenir permettre de suivre le vin du fut à la bouteille et jusqu’au consommateur – mesure plus nécessaire pour protéger le domaine contre des reventes malencontreuses, que pour protéger l’amateur, si j’ai  bien compris.

Tout ce filme se déroulait, tous ces renseignements étaient donnés, pendant que les différents crus arrivaient dans nos verres, dûment avinés avec un « petit Bourgogne » avant.

Mon plaisir d’écouter Aubert de Villaine, qui répondait volontairement et amplement à nos questions tout au longue de la soirée, augmentait à mesure. Je ne m’avais pas attendu à rencontrer quelqu’un à la tête d’un domaine presque mythique, de si droit, simple, accessible, humble derrière son produit et au même temps plein d’amour et attention pour tous les détails de sa genèse, comme un vrai vigneron – et aussi avec une fierté de ses vins, bien mérité, quant on les goûte.



Pour les notes de dégustation, je vous souhaite d’en trouver des plus amples, plus doctes chez d’autres participants de la soirée, peut-être que B.B. et M.B. vont en publier ailleurs. Mais je vais quand même essayer de relire mes quelques bribes :

Echezeaux 2002 : 4,5 ha, lieu dit La Poullaière.

couleur : rubis clair, nez : un très bon savon à fleurs, bouche : fruits et fleurs de nouveau, bonne acidité, très fin.
Commentaire de l’estrade :  « veut concurrencer les autres, mais n’arrive jamais – c’est ca, le terroir. »

Grands Echezeaux 2002 : sur les deux bouteilles, qui servaient à la dégustation, celle de notre côté de la salle avait malheureusement un problème (pas un goût) de bouchon. De là des notes assez animales, qui ne sont pas typiques de ce vin à ce stade.
« Très discret, fin, se met en arrière. »

Romanée Saint Vivant 2002 : ce vin vient d’une colline au sol plus profond, sauf une partie avec une barre rocheuse. Le vin est assez clair, un peu plus poivré que les autres – bonne densité dans la transparence.

Richebourg 2002 : 3,5 ha sur les 8 ha de l’appellation. À l’œil plus orangé, au nez plus dense, en bouche plus épais avec plus d’acidité.
« fin de bouche  aristocratique » - « chaque année,  on trouve pour chaque vin un même personnage mais avec un visage différent ».

La Tâche 2002 : 6 ha. Plus poivré, puissance et densité « resserrée sur elle-même ». Pour moi, une verdure, qui devient un parfum. Vieillit plus lentement.

Romanée-Conti 2002 : 5 548 bouteilles, (nous dégustons la bouteille 4 827) 1,8 ha (= 23 hl/ha). Au nez une grande pureté de fruit, en bouche riche, poivré, légèrement vert, très long.



Après avoir dégusté les trois derniers vins, j’ai des difficultés à apprécier encore les 3 premiers – normale, vu que le meilleur est l’ennemie du bien…. Mais la différence dans l’intensité est tellement nette, qu’ils semblent plates, pas assez mordants.



En relisant mes notes, je regrette, de ne pas avoir posé plus de questions sur la vinification, différence entre les crus, endroit de vinification, parce que les éléments recueillis jusque là n’arrivent pas à m’expliquer la différence – est-ce cela sera le terroir ? Je veux bien le croire, même si un regard sur le sol et sous-sol, comme il se trouve p.ex. dans James E. Wilsons « Terroir – The role of geology, climate, and culture in the making of French Wines » me laisse encore sur ma faim.



Je quitte de toute façon cette soirée avec un sourire béat sur les visages, heureux, d’y avoir participé, avec l’impression d’avoir rencontré des convives passionnés et sympathiques, un grand homme du vin, des vins très intéressants, qui me donnent envie, de plus me pencher sur les Pinots de Bourgogne, pour mieux comprendre la part du vigneron et celle de son terroir.

Mon généreux hôte et moi finissions la soirée dans un sympathique restaurant pas loin : Le Petit Prince de Paris, 12 rue Lanneau. Bon repas, atmosphère agréable – bien sûr du mal à choisir un vin après ce que nous venions de déguster…. Le Chinon de Jouguet, que J’aime d’habitude pour sa saveur, avait du mal à percer nos papilles trop gâtés.

Merci, Eric, pour ce plus que beau « cadeau de noël » !









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