Lisson - infos autour de la vigne et du vin - et d'autres choses

Vinisud de la France

23 Février 2006, 19:55pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Cela fait longtemps, que je ne me suis pas sentie aussi à l’aise sur un salon. Une journée à Vinisud, à Montpellier, mais juste en visiteur, sans contrainte de travail ni programme fixé d’avance.

Je me suis laissée entrainer au hasard des halls et leurs allées, j’ai dégusté pareil au hasard « au bord du chemin ». 

Je reviens donc avec des impressions assez éclectiques, que je dois encore mettre « dans l’ordre ».  J’essaye de trouver des compléments d’information sur le Web, pour pouvoir vous donner au moins des liens assez illustratifs, fautes de pouvoir vous faire partager le goût des vins dégustés.

J’admets aussi, que je me suis laissée tenter plus par le « coup d’œil » à la recherche des traces du nouveau marketing, qui est sensé sauver notre viticulture du Sud, que par la chasse à l’occasion de goûter gratuitement des vins archi courus, genre Clos des Fées ou autres Prieuré de Bébian, que je peux facilement trouver chez mes cavistes (et j’ai bien fait, sinon Hervé n’aurait même pas eu le temps de manger son sandwich).

La chance d’y trouver du TotoVino ou le French Rabbit ou Pink du Ventoux ou de rencontrer Lulu B. est peu probable, mais si on doit écouler 15 millions d’hectolitres de vins du Sud, c’est bien par là, qu’il va falloir passer.

Je vous reparlerais de quelques vrais vins, que j'ai dégusté, quand j'aurais retrouvé ma petite caméra, qui me sert de pense bête pendant les salons.





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La machine à vin

20 Février 2006, 14:28pm

Publié par Iris Rutz-Rudel


On n’arrête pas le progrès, et peut-être c’est en passant par ce genre de gadget et toute la communication autour, qu’on va  finir par intéresser la génération fun et branché au vin….

Deux bloguers américains, Alder de Vinographie et Tom de Fermentations parlent de cet engin, qui permettraient après ces concepteurs, de se faire son propre grand cru en amortissant le prix d’achat (quand même autour de 2000 $) en 2 ou trois ans, pourvu qu’on boivent 2 verres par jours de son breuvage.

Pendant qu’Alder compare l’engin plutôt avec une machine à pain, Tom voit justement dans cette machine à vin la possibilité  de remettre le vin dans le « mainstream » de la culture américaine – et c’est tout ce qu’on essaye de faire en France et ailleurs aussi, pour sortir de la crise.



Et les concepteurs, qui fournissent aussi bien les raisins congelés de votre choix (que vous avez pu surveiller avant par webcam) à domicile, que différents variations de l’engin, adaptable au style de votre séjour ou votre bureau dans le look, surveillé par ordinateurs et conseil on-line.  Et il y a aussi la communication dans la « community » des wine-poder, qui est déjà prévu : du logiciel, pour créer vos étiquettes jusqu’au concours des étiquettes et du vin, du forum de discussion au newsletters, tout est prévu.

Si vous lisez l’anglais, allez voir. Mais soyez prudent, cela risque d’être contagieux – si j’avais de l’électricité à la maison, je me mettrais tout de suite sur la liste des souscripteurs pour pourvoir faire mon propre grand Cru une fois dans ma vie.


   

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Jeu de taille

15 Février 2006, 18:45pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Toujours pas de photos de la taille de vigne à Lisson – c’est trop difficile d’en prendre avec le sécateur dans les mains. Mais grâce au beau temps des derniers jours, j’avance dans la tache et le dernier article vous a montré assez de « tailleurs ».

J’avoue, que je n’ai pas la cadence d’un viticulteur chevronné, qui taille au moins 650 souches par jour. J’aime bien prendre mon temps, bien regarder chaque pied de vigne, avant de lui donner la forme future, laisser le nombre exact de bourgeons, qui définit la charge en fruit pour l’année qui vient et ainsi la quantité et une bonne partie de la qualité de la prochaine récolte.

J’aime aussi me redresser et contempler le paysage autour – cela soulage le dos et  permet de me rappeler,  pourquoi j’ai changé une vie citadine contre la vie dans cette vallée sauvage.

Mourvèdre, Pinots, Petit Verdot et Merlot sont tous taillé en gobelet.  Les trois premiers à 3 bras, 3 coursons et un œil franc. Le Merlot, comme les quelques souches de Cabernet Sauvignon, qui sont également en gobelet, gardent 4 coursons.

Les autres cépages (Cabernet Franc, une partie du Cabernet Sauvignon et le Côt) dans les terrasses étroites des Échelles de Lisson, sont conduits sur fil de fer et formé en cordon de Royat – un double cordon, qui représente  aussi une taille courte.

« Un même geste répété 20 000 à 25 000 fois sur un hectare... Lors de la taille de la vigne, le vigneron procède à 4 à 5 coups de sécateur par pied. Un travail long, pénible mais primordial dans la conduite d'un vignoble. »  Je ne sais plus, quel journaliste avait pendu ces phrases -  mais il n’avait probablement jamais tenu un sécateur dans ses mains et était donc brouillé avec les chiffres.

Si c’était si facile que cela….  Mais ma souche la plus idéalement taillée (dans les Mourvèdres, taillés en gobelet à 3 bras, donc trois coursons, taillés chaque année à un œil franc) me demandent déjà 6 coups de sécateur – et seulement, quand j’ai bien ébourgeonné en début d’été, pour enlever toutes les pousses le longue du pied ou parties d’un double bourgeon…

La moyenne doit se situer autour de 10 coups de sécateur, il m’est arrivé de compter jusqu’à 28 / 30 sur des vieilles souches d’Œillade, toujours très prolifiques en gourmands de toute sorte.

Et les fameux 20 000 à 25 000 coups de sécateurs à l’hectare cités plus haut ont vite fait de doubler ou tripler, voire quadrupler, selon le cépage, la densité de plantation, le model de taille choisi - donc avant de s’y attaquer, comme chaque hiver après la chute des feuilles, vaut mieux pas se lancer dans ce genre de calcul, si on ne veut pas se décourager devant l’énormité du chiffre.

Je vous ai réuni une petite collection de liens, pour faire le tour de la question – bon, pas le tour complet, mais au moins une boucle…

Ici
vous trouvez des généralités sur la taille.

Tout le mal que cela peut faire au vigneron dans une étude  bien savante

Après, vous pouvez faire le tour de France en visitant des confrères (et sœurs) vignerons, qui sont tous en train de tailler et nous en parlent, dessins et/ou photos à l’appui :

Francis en Champagne


Emmanuelle et Laurent en Provence


Sylvie du côté de Saint Chinian


Jean-Paul dans le Roussillon


et André Moulière près du Pic Saint Loup


Si vous voulez essayer vous-même, de former votre souche au fil des années, vous pouvez télécharger le petit logiciel développée par le Professeur Blaich de l’Université de Hohenheim, en Allemagne, qui est une simulation de taille et formation de vigne pour les étudiants en viticulture. Prof. Dr. Blaich a eu la gentillesse de nous donner l’autorisation de traduire le logiciel et son mode d’emploie en Francais et de le mettre ainsi à votre disposition ici. Vous cliquez à gauche sur "téléchargements", pour arriver sur la liste des logiciels.


J’avoue, que je m’en sers comme d’un jeu d’ordinateur (le seul, que je joue) – j’essaye de former des souches très sophistiquées – et quand je m’énerve, je les sape d’un grand coup de sécateur – tellement plus reposant pour le dos et tellement facile à faire redémarrer….









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Puissante manifestation de viticulteurs dans le Midi de la France

11 Février 2006, 20:23pm

Publié par Iris Rutz-Rudel



Midi et demi dans la vallée de l’Orb, là où le passage devant la mairie de Vieussan devient presque impraticable, tellement la petite route est bordé de voitures garées sur les bords et dans chaque bout de chemin ou de près à droite et à gauche.

En approchant, on ne croit pas ses oreilles : des cries rythmés au son d’un tambour et tout cela à peine dominé du son d’une cornemuse. Tout le bâtiment vibre – ma tête de curieuse dans la fenêtre entrebâillée, déclenche encore une série de cries plus forts : entrez- entrez – les tables sont mises les plats servis, il y a encore la place – le mieux, c’est de passer directement par la fenêtre.

Je fais le détour par la cour, où  on enlève quelques mètres de saucisse fraîche, bien grillée, du gigantesque grill improvisé. Une douzaine de bénévoles coupent en morceaux, empilent sur des plats de service, distribuent dans la salle, qui suit avec enthousiasme le petit concert improvisé que donnent Archi, véritable Ecossais entre temps enraciné à Vieussan, sur sa cornemuse, et Gaby, sa compagne française, qui l’accompagne sur le grand tambour à main.



Les musiciens jouent en hommage aux 150 viticulteurs et associés qui sont réunis le longue des tables, après avoir passé la matinée dans les vignes d’un de leurs confrères, pour lui tailler les souches de toute sa propriété dans un commun élan de solidarité et générosité. Et les viticulteurs leurs rendent le salut.



Luc Guiraud, jeun vigneron en cave particulière du hameau Boisseson, petit pâté de maison en pierre en face de Vieussan, et sa compagne ont eu un grave accident de voiture quelques jours avant Noel. Les deux ont survécu, c’est important et déjà une chance, mais la rééducation sera longue – et les vignes n’attendent pas.

Et c’est ainsi, qu’en quelques jours, l’appel à la solidarité avec un confrère « dans la merde » à fait le tour du pays entre Olargues, Mons-la-Trivalle, Roquebrun, Berloup et Saint Chinian – et j’en oublie probablement encore :

le 11 février tous à Vieussan,
armés de vos sécateurs !

Et ils étaient là, vignerons et viticulteurs, coopérateurs et indépendants, AOC et Vins de Pays ou Vins de Table – petit et grand propriétaire, ouvriers agricoles et tacherons, jeunes et retraités, hommes et femmes, chasseurs et footballeurs – malgré le match dans l’après-midi.



Gil Pla, le maire - viticulteur de Vieussan, appelle Luc sur son lit d'hôpital, pour lui faire entendre le soutient de la salle - à ce moment, il n'y a pas que les gens de sa famille, qui ont des larmes aux yeux....

Salade, fromage, dessert, café ... les troupes du service commencent à ranger les tables et nous nous retrouvons dehors au soleil de l'après-midi, pour partir direction Mezeilles, Col de Baous et arrivez au bout des dernières vignes à tailler.


Sécateurs à main, à deux bras, électriques à piles, reconnaissables aux petits « sacs à dos » rouges. La concertation va vite, on connait la chanson : chaque équipe se prends une vigne, chaque coupeur se prend un rang et on y va – sarments tous les deux rangs au milieu, pour qu’on puisse les broyer plus tard – les souches sont taillées en gobelets, donc une taille courte – de toute façon, ici, personne ne fait plus la course au rendement – on est d’accord là-dessus.



Et ensuite on n’entend d’abord que les claquements des sécateurs – notre vigne à 12 rangs qui grimpent en douceur les 200 m d’une pente en schiste exposé plein sud – on s’y met donc à douze.  D’autres prennent des vignes plus hautes en face – d’en bas fusent des rires et nous indiquent, qu’il y a encore d’autres équipes arrivées sur « leurs » chantiers.



Bientôt on entend les blaguaires – il y en a dans chaque groupe – toujours – faut bien rigoler un peu. Et l’histoire du chien de sanglier qui soulève un âne et le fait partir en plein panique à travers tout Roquebrun, tout en braillant, vaut sont pesant de cacahuètes – et coute la vie à un fil de fer – faut pas rire et tailler au même temps avec ces puissant machins électriques !



Mais il reste le seul blessé – ouf – nous arrivons en haut  - c’est finit. La caravane de véhicules reprends son chemin à travers les petits chemins sinueux – nous descendons vers Ceps et revenons en boucle par la route de l’Orb vers Vieussan. Au pont de Camps, on voit le Caroux et les dentelles des Gorges d’Héric au fond.



C’est un beau pays et un beau métier – surtout les jours comme aujourd’hui – où la solidarité n’est pas un vain mot, un appel en langue de bois, mais une chaleureuse et efficace réalité vécue par des hommes et des femmes, qui font quelque chose, pour que un des leurs puisse continuer à vivre de son métier, au pays.

Vive la manifestation de solidarité vigneronne qui nous à chauffé le cœur à nous tous ce samedi 11 février 2006.

Pour d'autres manifestations dans le Midi - celles-ci pas dans les vignes mais dans la rue, vous pouvez vous tenir informé ici ou donner votre opinion .



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Repas et visite: ferme auberge et domaine Borie la Vitarèle à Causse et Veyran

8 Février 2006, 20:47pm

Publié par Iris Rutz-Rudel



Un dimanche de grande fraîcheur mais avec un ciel bleu et un soleil, qui fait fondre la gelé blanche dans la combe derrière Causse et Veyran, où se nichent les bâtiments du domaine Borie la Vitarèle, au milieu de leurs vignes, le temps que nous arrivons tous.




Serge et Dominique Villebrun, vaillants portes flambeau et coordinateurs du Convivium de Slow Food Les Terrasses du Haut Languedoc, nous ont convié à cette visite du domaine de Cathy  et Jean-François Izarn-Planès, qui nous accueillent dans la salle de leur Ferme-Auberge pour un repas savoureux et authentique, accompagné de leurs vins et eau de vies.



La grande salle, sobre et chaleureuse, nous accueille avec son poêle danois ronronnant, la table est mise avec la belle vaisselle traditionnelle de Sarreguemines et au fond, une porte vitré permet de plonger le regard dans la cave à côté: le pressoir horizontal éclairé et mise en scène comme un sarcophage égyptien et derrière les rangs de barriques et demi muids.




Jean-François et Cathy utilisent de plus en plus des tonneaux d’au moins 300 l ou plus – leur but n’étant pas de « boiser » les vins, mais de leurs procurer un élevage avec une oxygénation ménagée pour une partie de la récolte, avant l’assemblage avec des vins élevés en cuve, qui gardent plus de fraîcheur et de fruité premier.

Nous dégustons leurs vins au fil du repas et Jean-François nous explique sa démarche de culture biologique des vignes, certifié par Ecocert, qu’il transcende même par des emprunts du côté de la biodynamie : tisanes pour les traitements, doses de cuivre réduites à 200g/ha, donc déjà presque à dose homéopathique, préparations, composts – tout dans le respect de la terre et de la faune et flore et donc aussi des hommes, présents et futures.  Mais il admet aussi avec sa franchise habituelle, qu’il n’adhère pas au côté mystifiant du mouvement.

Le site Internet du Domaine est très bien fait et explique tellement bien des différents terroirs et les différentes cuvées, que vous vous laisse découvrir vous-mêmes. La revue de presse des dernières années réunit tous qui compte dans le métier, du classement dans les meilleurs vins de France 2006 de la revue du vin de France, en passant par le Gault, le Guide Hachette, le Guide Solar des vins bio ou Coffe et ses vins plaisir à moins de 10 €. Il y a aussi une liste des revendeurs et les tarifs, que je trouve très doux vu le plaisir, que les vins nous ont procuré tout le longue du repas.




Jean-François officine en cuisine et se laisse regarder dans les pots, Cathy s’occupe de la salle avec gentillesse et efficacité.




Pour le menu, nous démarrons avec une Cartagène maison en guise d’apéritif, avant de commencer avec une
Salade à la Morue Salé et aux Poireaux de Vigne – les derniers cueillies frais le matin dans la vigne de Cabernets devant la porte sans crainte de résidu de désherbant ou d’autres traitements chimiques – un des plaisir de la viticulture biologique….



Mon passage en cuisine, attiré par une odeur très familière, me fait découvrir son origine : une grande cocotte de choux rouge, mijoté longuement dans son jus, assaisonné d’un bon vinaigre, qui lui procure ce petit côté aigre-doux, qui m’est bien connu de la cuisine de mon pays. Ici, le chou accompagne des pintades fermières cuisinées avec une sauce au vinaigre balsamique. L’accord est très bon, et la viande du volatil si succulent, nappé de la bonne sauce, que, comme la plupart des autres convives, je ne peux pas résister, d’en reprendre.




Au risque de passer pour une rustre ou un plouc : j’adore ce style de service : devant moi, pour commencer, les plats de service et  une assiette vierge, que je peux remplir selon mes envies et mes goûts, pour me composer mon propre tableau. Et cela ne me gène pas, si cette assiette et ronde et s’efface sous ce que je mets dedans.

Les premières compositions sur fond carré à la Miro m’ont encore impressionnées, mais à force de les voir se répéter sur trop de tables et dans des assiètes carrées ici et ailleurs, je commence à m’en lasser. Cela me semble trop un effet de mode, une esthétique souvent trop loin cherchée, pas ludique mais artificielle et coincée dans un faux modernisme.

Le plateau de fromage m’enchante surtout par un roquefort crémeux et pas trop salé, qui s’accompagne parfaitement par la cuvée Les Cres de 2002.




Un Flan de Potimarron à la Vanille de Madagascar, bien léger  et parfumé, ferme le repas, accompagné par un rosé Cuvée des Cigales bien frais.




Café et Eau de Vie de Prune maison comme pousse café – et nous sommes prêtes pour une petite promenade digestive dans la vigne.




Jean-François nous explique quelques rudiments de taille à l’exemple des vieilles souches de Cabernet Sauvignons assez impressionnantes, qui sont formées en cordon de Royat.




Les plantations de Syrah et Grenache plus récents du domaine sont planté à densité plus élevée et formées plus bas en gobelet « aplati » à 4 ou 5 coursons à deux yeux. Les rendements sont très bien maîtrisés, la moyenne se situe entre 25 et 30 hl/ha, la belle concentration des vins en témoigne.

L’invitation, de se ramasser un « fricot » de poireaux de vigne, comme nous les avions apprécié en entrée, ne tombe pas dans l’oreille de sourdes – on voit bientôt les slow-foodien s’adonner à la gymnastique entre les souches.

Le soleil commence déjà de nouveau à baisser, quand nous regagnons nos pénates respectifs.




Si vous voulez découvrir aussi ce couple sympathique, ses vignes, sa cave et ses vins, prenez rendez-vous au

  04 67 89 50 43.


Et suivez mon exemple, prévoyez de la place dans le coffre, pour partir avec quelques caisses de leurs bons vins!






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Lisson sous la neige

6 Février 2006, 20:17pm

Publié par Iris Rutz-Rudel



Alerte orange la veille et réveille blanc le matin: Lisson, ses vignes et sa vallée sous vingt centimètres de neige un samedi matin fin Janvier 2006 - cela se solde par 8 jours sans téléphone et Internet, mais aussi par ces images d'un paysage bien transformé. L'effet a duré que 36 heures - il s'est soldé par des nombreux arbres cassés. Surtout nos chênes verts avec leurs feuilles persistants n'ont pas pu résister au poids de la neige, qui était bien lourde, comme gorgée d'eau.

Pour la vigne, c'est plutôt une bonne chose, "cela tue la vermine" comme ils disent au village - et l'eau rentre dans le sol en douceur.  Dessous, il y a les premières violettes, qui montrent le nez - le printemps n'est plus très loin.

Ils arrivent un peu "après la bataille", ces images, mais les occasions d'en faire sont si rare chez nous dans le Midi, que je ne peux pas résister - comme je n'ai pas pu résister à faire le chemin complet Lisson-Olargues-Lisson le jour même, les gens d'ici appellent cela: Le Tour du Monde.

J'étais la seule à laisser mes traces - avant moi, il y avait juste quelques bêtes sauvages, qui s'étaient aventurées sur le chemin. 5 km en bottes de plus en plus lourdes aux pieds - c'était beau, mais aussi déjà un peu épuisant - avec même un petit moment de panique, quand la cheville commençait à faire grève au retour, à 2 km de la maison....

Mais le retour était d'autant plus reconfortant.


Et les photos pour vous dans l'album en face.


 

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Trève de communication

3 Février 2006, 12:39pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

pas de nouvelles de lisson ces jours-ci - nous sommes victimes de 24 heures de neige dans l'hérault  d'il y  8 jours,  Depuis, nous attendons France Telecom, pour  rétablir la ligne........ vous connaissez tous le feuilleton /comment  réclamer une ligne sans ligne pour le faIRE?

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Sauver la France?

27 Janvier 2006, 21:54pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Tout le monde parle de la crise de la vente du vin en France et sans aucun doute, elle existe. La lecture d’un numéro de « La Vigne », un dossier spécial sur « Les régions face à la crise » que j’avais l’autre jour dans ma boite à lettres, chiffres des cours et des stocks de ces dernières années  à l’appuie, m’a fait froid dans le dos.

Et pendant que dans ce dossier comme ailleurs, le monde viticole parle de « stratégie de marketing », relookage, « en piste pour la séduction », pour aller à la « reconquête de l’exportation », donc de tout un tas de mesures pour rendre les vins français plus attractives à l’extérieur de nos frontières, les échos, qui viennent de l’extérieur, où se trouvent les consommateurs, qu’on veut séduire, nous renvoient une piètre caricature d’une France noyé dans une mer de mauvais vin, qui à la place d’œuvrer à l’amélioration de la qualité s’enlise dans des guerre fratricides  entre régions, et où des vignerons tournent terroristes de plus en plus souvent, tout en demandant des subventions à leur état, pour garder le statu quo.

Dernier exemple cet article d’Alder Yarrow de Vinography (couronné meilleur blog sur le vin aux États-Unis ces derniers jours, donc largement lu), qui est intitulé :

Bordeaux vs. Languedoc : Les couteaux sont tirés.


Ca y va et je ne vous traduis qu’un florilège :

« Chaque nouvelle sur le vin qui vient ces jours-ci de France semble chargé de malchance… une crise de nerfs auto-fabriquée… en route vers une guerre civile de proportions vineuses…système suranné  d’appellations…lois archaïques insanes sur la mise en marché du vin…distillation des excédents en vin pour l’alcool industriel et même de carburant de voitures…bombes à feu contre des négociants…de vigneron au terroriste…Bientôt ces gens ne vont pas seulement attaquer le gouvernement et des institutions du commerce, et leur sympathisants supposés, ils vont s’attaquer mutuellement. Cela me fait tourner la tête :
Au Secours. Quelqu’un doit sauver la France ! »

Cela ne donne pas une image de France et de nos vins très culturelle, bon vivante et attirante. (Cela pourra même nuire au tourisme – mais ce n’est qu’une remarque à côté). Si le consommateur achète aussi toujours une idée, qu’il se fait du contexte et de la tradition d’un produit – et qui eventuellement le fait pencher pour un vin Français plutôt que pour un vin d’un autre pays – vous voyez bien les dégâts.

L’article dans Decanter, qui était à la base de celui d’Alder reprend – en raccourci – un article de Libération, qui est déjà plus explicatif. Mais quel anglophone sait aller à la source et comprendre, que ces paroles de leaders viticoles du Midi sont à voir dans le contexte Franco-français – dans une autre tradition de gueulantes, qui fait partie du folklore et est aussi choisie par ce que bien médiatique.  Mais le rayonnement des médias ne s’arrête malheureusement plus à la frontière aussi grâce au Net.


Je ne veux pas diminuer ni l’ampleur du problème, ni le désespoir des confrères touchés dans leur existence – j’en ai parlé déjà plusieurs fois ici et ailleurs, simplement rappeler le vieux dicton de mon pays natal : Comme en crie dans la forêt l’écho revient.



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Le Clos du Curé

25 Janvier 2006, 21:50pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Ces parcelles, tout en haut de la colline de Lisson appartenaient au début du siècle à un curé de Saint Etienne d’Albagnan. Il y faisait pousser son vin de messe, ou plutôt, il le faisait cultiver par Joséphine, sa bonne à tout faire. Une fille de la montagne, qui s’occupait du presbytère, menait quelques chèvres pour le lait et le fromage et montait travailler cette vigne haute perchée.

Est-ce Joséphine avec ces chèvres?

Elle prenait le petit chemin, qui part derrière le mazet à travers les terrasses calcaires, qui sentent bon le thym et la lavande sauvage, passe le clapas avec son buis et arrive tout en haut. Là on voit Olargues avec sa tour et de l’autre côté la femme couchée, avec sur son flanc le Prieuré de Saint Julien d’Olargues. De là on entend les deux clochers – toujours un peu décalés, d’abord celui d’Olargues et 5 minutes après celui de Saint Julien.

Olargaise sur une photo de 1890, qui porte son sa cruche
d'eau sur
une cabillade - "une allure de reine"

Après la mort du curé, c’est d’abord son frère, Marius et ensuite son neveu, Antoine Tarbouriech, qui héritait les vignes, la maison et aussi la bonne. Les vignes du haut étaient abandonnées, quand Joséphine n’a plus pu monter par le sentier. La friche et les chênes verts reprenaient le dessus. Nous étions très contents quand Antoine était d’accord pour nous vendre ces terres « Là ou je vais aller, je ne les emporterai pas dans mes poches » disait il.

Il passait pour un original au village. Discret et timide, on le voyait tous les jours traverser les rues avec sa cruche, pour aller chercher l’eau aux trois fontaines – elle était tellement plus bonne et naturelle que celle du robinet, trouvait-il. « Ras Muraille », comme ils l’appelaient, avec son chapeau de paille et sa Deux Chevaux fourgonnette. Il continuait la culture d’une petite parcelle de vigne au bord de la rivière, déchaussant les vieilles souches, pour les fumer, rechaussons à la pioche, seul pour rentrer sa récolte. Chaque année il nous mettait un petit mot dans la boite à lettre, quand il avait besoin d’un « coup de barre » pour terminer la dernière pressurée de son vin à la cave – et il nous apportait un bouquet de hyacinthes au printemps, bien ficelé avec un brin de raphia ou une cargaison de choux fleurs de son jardin fin d’été, pour nous remercier.
Il restera dans notre mémoire - lui et ses histoires de Mademoiselle Clavel, la « pauvre Joséphine », qui savait lire le temps qu’il allait faire dans les nuages.

Le Clos du Curé, défriché et planté en Pinot Noir, redonne du vin et sa première cuvée 1996 portait le nom d’Antoine Tarbouriech, qui nous a quitté il y a quelques années et, bien sûre, la cuvée 1998 était dédié à Joséphine Clavel.




Les photos sont prises du livre: Vivre en Pays d'Olargues de 1870 à 1940, édité par Robert Guiraud et publié par la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons de l'Hérault, 1986.

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des goûts et des couleurs...

21 Janvier 2006, 20:27pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Beaucoup de réactions sur „Les Perles aux Cochons“ – comme toujours, cela m’amène à y réfléchir  pendant ma journée dans la vigne.

J’ai refait un voyage en arrière, pour me rappeler mes premières expériences et rencontres avec le vin, retracer mon cheminement vers « la noble boisson »…

Je suis née dans une ville et une région d’Allemagne, qui est plus réputée pour ses brasseries que pour son vignoble – c’est simple, il n’y en a pas.

La boisson quotidienne pour les hommes étaient la bière – les femmes (au moins dans ma famille) n’en buvaient pas, peut-être une bière à la malte, sucrée, qui était réputée d’être saine pour les femmes allaitantes et qui était parfois autorisée en petite quantité pour les enfants.
Je ne pense même pas, qu’il y avait des verres à table pour les repas de tous les jours.

Le vin faisait son apparition pour des occasions exceptionnelles, comme les fêtes de famille, les anniversaires, les mariages, Noel. Là, on sortait les verres en cristal et on ouvrait une bouteille, achetée express pour ce jour là. D’habitude un vin blanc, doux, de préférence de la Moselle et acheté au supermarché, genre Liebfrauenmilch ou Kröver Nacktarsch, probablement à cause des noms, sur lesquelles on pouvait digresser à table (lait des femmes gentilles et cul nu de Kröv).

J’aimais les verres, mais je ne m’intéressais pas au contenu – et c’est resté comme cela jusqu’à ce que je commence mes études. Entre étudiants, nous partagions un grand plat de spaghetti pour les repas en commun et la mode était aux bouteilles de deux litres d’un vin rouge italien très bon marché – genre Valpolicella – du temps en temps une bouteille de Chianti – de préférence une de ces bouteilles enveloppées de paille, par ce qu’on pouvait l’utiliser après pour y mettre des bougies « coulantes » et avoir ainsi après quelque temps une pièce de décoration comme dans les premières pizzerias, qui commençaient à ouvrir dans les villes.

Les deux vins avaient la réputation de faire mal à la tête et n’incitaient pas à devenir « amateur » de cette boisson.

Quand je commençais à avoir les moyens de sortir au restaurant du temps en temps, j’avais appris d’un « connaisseur », que la méthode la plus sure, pour ne pas tomber dans le piège du vin blanc sucrée (qui faisait également mal à la tête), était, de commander une bouteille avec un sigle jaune pour « diabétiques » - synonyme d’un blanc sec à l’époque.

À la maison, pour les repas avec des invités, nous avion entre temps dégotté l’adresse d’un vigneron de la Weinstraße dans le Sud de l’Allemagne, qui faisait un blanc sec (plutôt acide), qu’il vendait en bouteille d’un litre et qu’il livrait dans des casiers en bois pour 20 bouteilles jusqu’à la maison une fois par an. Nous buvions cela avec tout (les amateurs de rouge achetaient des cubies de 5 litres de vin français à l’époque, qu’ils servaient dans des brocs en verre). Les bouteilles vides étaient stockées dans leur casier à la cave et reprises par le vigneron à sa prochaine tournée des clients.

Par mis tous nos amis, il y avait qu’un seul « passionné » de vin, qui nous racontait parfois ses réunions de dégustation avec ses amis plus fortunés, qui avaient une « cave » à la maison. C’est pour lui aussi, que j’achetais la première grande bouteille de ma vie : pour lui remercier d’un service, qu’il m’avait rendu, j’allais jusqu’à Cologne chez un caviste, acquérir une bouteille de Mouton Rothschild, vin dont je l’avais entendu parler avec tant d’émotion. Je pense, c’était le millésime avec l’étiquette signée de Marc Chagall, donc probablement le 1970, que j’ai payé quelque chose comme 35 € à l’époque – pour moi une folie, comme on ne les fait que pour un vraie ami.

Ma connaissance en vin – allemands ou français – s’arrêtait là, quand j’arrivais en France, dans le Languedoc et ainsi en pleine région viticole, où le vin était un aliment des repas de tous les jours chez les gens, que je rencontrais ensuite.

Mais là aussi, je n’aurais pas de sitôt développé mon goût, par ce que chez les copains, on buvait du rouge acheté en cubie à la coopérative du coin ou, si on voulait du meilleur, chez le premier vigneron en cave particulière dans la ronde (Navarre à Roquebrun – pour ne pas le nommer). Je n’aurais jamais découvert le plaisir du vin, si je ne serait pas tombé sur Claude Rudel, fils de viticulteur du côté de Lodève, élevé depuis tout petit avec la petite goutte de rouge, pour colorer le verre d’eau à table, mais bourlingueur dans sa jeunesse, qui avait découvert en voyageant, qu’il y avait autre chose que le gros rouge qui tache. En Suisse, en Belgique – chez des gens, qui lui faisaient découvrir les Bordeaux et des Bourgogne et qui nous apprenaient lors de leurs visites, que même dans le Midi, il y avait des vignerons, qui s’étaient émancipés du Carignan et élaboraient des bouteilles, qui leur valaient le déplacement des amateurs du Nord.

Et c’est de là, qu’est partie l’aventure de Lisson : de l’idée, que chez nous aussi, on pouvait travailler un terroir propice à autre chose qu’à la « bibine », si on se donnait la peine.

François Guy de Château Coujan, grand homme du vin et précurseur des cépages nobles dans la région avec ses Vins de Pays Cabernet-Merlot, ses Mourvèdres de sa propre sélection massale était notre premier idole – Emile Guibert de Daumas Gassac, plus marketing dans sa démarche, lui emboitait le pas. Le cercle des vignerons qui se rencontraient lors des journées de Béziers Oenopole, organisées avec brio par Pascal Frissant, nous encourageait dans la démarche.

Morale de toutes ces réminiscences ?

On peut arriver à la passion du vin par des voies détournées. Il y a un âge pour les boissons « fun » - une mode ne forme pas forcement le goût, mais n’empêche pas  non plus de faire d’autres expériences après. Les voyages forment le goût – et notre goût peut évoluer, tant qu’il y a des fous, qui s’entêtent à nous fournir le fruit de leur passion.

L’ami d’antan a probablement bu son Mouton Rothschild entre temps – à l’époque, j’aurais refusé d’en boire, pour ne pas mettre « des perles aux cochons » - tellement j’aurais été sure, de ne pas pouvoir juger de la différence… Il m’a téléphoné il y a deux ans, pour me féliciter de ma première cuvée des Échelles de Lisson





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