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strandgut

Lundi 9 novembre 2009 1 09 11 2009 10:27
Ma Chute Du Mur n'était longtemps pas accompagnée d'images, de celles qu'on peut voir encore cette année sur tous les écrans, comme le relate le monde dans son article d'aujourd'hui.

Je n'étais ni à Berlin, ni ailleurs en Allemagne, ni devant un écran de télévision, ce soir du 9 Novembre 1989 - il y a 20 ans déjà - mais comme tous mes compatriotes, je me souviens de cette soirée.

Née dans l'Allemagne de Ouest, la RFA, qui, contrairement à son opposé à l'Est, la RDA ne portait pas la démocratie dans son sigle, je sortait d'une des rares familles sans attaches vers l'autre état allemand, je n'avais jamais visité Berlin et ses 140 km de mur, ni vu le rideaux de fer qui séparait les deux Allemagnes et qui était à la fin à sa quatrième génération revue et augmentée - me rappelant par cela nos clôtures électriques, mais en bien plus efficace.

J'avais grandi dans cet état de fait de séparation, il était aussi cimenté dans ma tête, que dans celle de milliers d'autres de ma génération - la suite de toutes les atrocités de la deuxième guerre mondiale et du régime des Nazis - une sorte de punition mérité pour celui, qui comme moi a lu à 14 ans les protocoles des Procès de Nuremberg, qui m'ont marquée pour la vie...

et j'avais la chance, d'être née du bon côté - dans la zone occupée par les Anglais, occupants bien intégrés, qui nous permettaient d'écouter les Charts de musique pop sur leur station radio BFBS (British Forces Broadcasting Service) - ces Top of the Pops, qui accompagnaient mes devoirs pendant les après midis après l'école, m'apportaient tous les tubes de la musique rock naissante des années 70, que je connais encore par coeur aujourd'hui.

Rien ne me prédestinait à être particulièrement sensible à la réunification Allemande - encore moins depuis que je m'étais exilée en France en 1980 - comme c'était loin tout cela.

1989 - ma deuxième année à l'école de viticulture de Béziers, le début du défrichage de notre colline, qui devrait durer une année entière en préparation de notre grand projet: la création du vignoble de Lisson.

J'étais en train de relire mes notes de cours d'oenologie ce soir là, blottie dans un coin de mon canapé à la lueur de l'habituelle lampe à pétrole - la radio sur piles, notre seul luxe "électronique" à l'époque, diffusait France Musique, comme d'habitude - les années Pop était loin derrière moi, quand d'un seul coup la nouvelle passe, bande sonore en directe en appuis: le mur a Berlin est tombé - on entende la foule, qui se rue à travers, les cries de joie des deux côtés - et là, au fond de ma forêt à Lisson, je fonds en larmes, l'émotion me coupe le souffle- je retrouve à peine ma voix, pour expliquer à Claude Rudel, qu'il m'arrive quelque chose, que je n'aurais jamais cru possible - parce qu'il arrive là, dans mon pays quelque chose d'incroyable, que la radio nous transmet un grand moment historique - et que cela me touche profondément...

Le lendemain matin à l'école, mes camarades du cours viti/oeno m'en parlent, ils ont vu les images à la télévision - je me vois leurs expliquer,  qu'il fallait s'imaginer un mur avec des barbelés et des miradors au milieux de leur ville, sur l'avenue Paul-Riquet, qui empêche les gens de se voir, de se parler, qui sépare les familles, où on tue ceux, qui veulent passer de l'autre côté.

Oui, la Chute du Mur reste aussi présente chez moi - même 20 ans plus tard, 20 ans, qui ont vu pousser la vigne derrière la maison, qui ont changé ma vie, comme celle de beaucoup d'autres - et les images, qui sont diffusées et que je peux voire entre temps retransmises par satellite, m'émeuvent toujours autant!

Je n'ai pas trouvé d'enregistrement de Rostropovitch, jouant du Bach quelques jours après devant le mur - mon côté France Musique, mais - merci Francis - je vous met ce lien vers youtube...  et je vous joins donc le morceau, qui est venu la "hymne à la chute du mur" pour les Allemands après - mon côté "top of the pops" d'antan:








Par Iris Rutz-Rudel - Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Vendredi 25 septembre 2009 5 25 09 2009 10:53

Vous allez l'avoir, ce rapport des vendanges 2009 à Lisson, qui se sont terminées avec la mise en cuve des derniers Mourvèdres hier... laissez moi encore un peu de temps, pour mon remettre - moins physiquemrnt que moralement - malheureusement...

 

En attendant, je vous copie (avec quelques liens en plus, comme le permet le blog) ma réponse par mail privée à Michel Bettane, qui venait de m'expliquer sa position dans la polémique, qui fait rage ces derniers jours et semaines un peu partout sur la toile. J'aime d'ailleurs aussi beaucoup la réaction de ma consoeur Isabelle de hier.


Cher Michel Bettane,

 

je vous crois bien, que vous êtes un défenseur de perfectionnisme dans le vin – j’étais lectrice abonnée de la RVF pendant presque 20 ans (donc longtemps avant de défricher ma colline et planter ma vigne à Lisson) et la lecture de vos articles a longtemps fait parti de mes nuits dans la cave, en train de surveiller le pressoir et les fermentations dans les cuves.

 

Mon souvenir le plus personnel lié à votre personne est cette fameuse anecdote d’un ami (Philippe Catusse de Béziers, entre temps un excellent caviste), qui m’avait fait la blague de me présenter son beau-frère comme « Michel Bettane » lors d’une visite de nos jeunes plantiers début des années 90 – j’en avais le souffle coupé – mais j’ai marché dans la blague, tout en me disant, que ce miracle arrivait 10 ans trop tôt – et j’ai fait le tour du vignoble à votre « sosie », en essayant, de rester cool et professionnelle. Quand il a dévoilé la supercherie, je me suis dit, que c’était bien fait pour ma gueule, d’avoir manqué de modestie au point d’y avoir cru – même – ou justement parce que notre idée de départ était, d’arriver à faire un vin, qui un jour pourrait s’approcher de l’excellence…

 

J’en suis encore loin :-), mais je persiste dans la quête – à ma manière et avec des choix, qui me semblent adaptés à ce but. Et quand je « rate » une cuve, je l’écarte de la mise en bouteille – là, je pense qu’on est tout à fait d’accord sur la charlatanerie au nom du « naturel », qu’il faut combattre et je comprends votre engagement – c’est le même effet que celui qu’on reproche aux buveurs d’étiquettes classiques – les habits de l’empereur, qui se promène tout nu, mais personne n’ose le dire.

 

Comme vous, je trouve que c’est regrettable, qu’on se targue d’un label bio, qui ne couvre que la production du raisin et ne garanti que peu de choses sur la vinification. Qu’au passage, cette labellisation, que je comprends pour des circuits anonymes de distribution, qui nécessitent une garantie surveillée, a enlevé le droit d’utiliser le mot « bio » à ceux, qui n’adhèrent pas aux organismes certificateurs et a probablement amené à la prolifération et confusion de toute les variantes d’adjectifs style naturel, authentique (chez Slow Food, on m’avait même collé « sauvage » à un salon), c'est regrettable.  Comme le fait, que tout cela, une fois rentré dans les instruments du marketing et de la publicité, devient aussi opaque et abusif que le « raisonné » de l’autre côté…

 

Je me suis aussi déjà pris le choux avec les défenseur de la santé, qui essayent, d’en faire un argument principal de vente de vin – pour moi, c’est un produit culturel et de plaisir – si je veux vivre qu’en surveillant ma santé, je suis tout à fait d’accord là-dessus, il y aurait d’autres combats à mener et partout. (Je le fais, mais c’est mon affaire « personnelle » dans mon coin :-).

 

Qu’en tant que viticulteur, j’ai un autre regard sur les intrants chimiques dans la vigne (ce sont les gens, qui passent les produits sur les vignes et qui vivent et travaillent en contact étroit avec la terre et la végétation, qui sont en première ligne de danger) est un autre chapitre du débat. Il faut boire beaucoup de vin fini, avant d’accumuler autant de pesticides qu’un ouvrier agricole, qui passe cela à longueur de saisons… Malheureusement je crois, que là aussi, la règlementation de la protection au travail ne serait respectée, que si la pression du marché se fait sentir.

 

Pour la vinification, je suis peut-être passéiste – je préfère un vin « fait main », comme je préfère un beau meuble d’ébéniste à un produit conforama ou ikea, un steak d’un charolais, juste tourné dans du beure, qui me régale de sa saveur et sa texture à la cuisine moléculaire, un fromage affiné, qui me parle encore des herbes, sur lesquelles ont pâturé les bêtes à un produit standardisé.. . c’est du raccourci, cela cloche un peu dans la comparaison, mais je pense, que vous comprenez, ce que je veux dire quand même :-).

 

Pourquoi je m’insurge contre certains de vos interventions sur la toile donc ? Peut-être parce que je trouve, qu’il y a trop de raccourci, trop de « mise en forme », qui ne fait que servir ce manichéisme, que vous dénoncez et qui est publié à grand ramdam (comme dans L’Express), parce qu’on sait, que votre nom « fait vendre ».  À mon avis, cela vous charge d’une plus grande responsabilité dans vos interventions qu’un inconnu quidam dans un forum – c’est la rançonne de la gloire.

 

Mais j’apprécie cette prise de contact par mail personnel, qui permet peut être mieux de s’exprimer et comprendre et je vous souhaite dans l’avenir plein de tribunes, qui vous laissent la place de vous exprimer et expliquer in extenso, pour éviter des raccourcis, qui ne servent qu’à entretenir des polémiques, qui ne font pas avancer ni la discussion ni la recherche du meilleur vin possible dans les deux camps !

 

Bien cordialement

 

Iris Rutz-Rudel

 

PS : Je viens de terminer la vendange à Lisson – victime d’une « force naturel » à quatre pates, qui a décimé mes belles grappes au point que le millésime 2009 va être encore plus anecdotique que le 2006 – rien a voir avec bio ou conventionnel – mais à la longue mortel pour une petite exploitation…

 

Par Iris Rutz-Rudel - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Mercredi 17 juin 2009 3 17 06 2009 12:05
Trouvé cela ce matin - qui rejoint une semblable histoire, qu'on venait de me raconter il y a peu sur un domaine du Languedoc - c'est très grave, pour les vignerons concernés, mais peut-être moins inévitable, que le gèle ou la grêle, qui peuvent tous nous frapper un jour ou l'autre - même si les conséquences semblent encore plus "durable"...

Est-ce que cela ferra réfléchir?

Plus d'information sur "l'erreur" en question entre temps ici, sur le blog d'Hervé Lalau L'Agent Orange à Châteauneuf!
Par Iris Rutz-Rudel - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Jeudi 4 juin 2009 4 04 06 2009 17:10
Vous vous souvenez de la discussion, qu'avait déclenché l'année dernière la publication des résultats d'analyse sur le résidus de pesticides dans le vin par le PAN Europe, relayé en France par le MDRGF  (Mouvement pour le droit et le respect des générations futures).

J'en avais parlé dans l'article 
"message on a bottle"  où je donnais aussi les informations sur d'autres analyses, sur beaucoup plus d'échantillons que l'étude du PAN, publiés en réaction par des organismes professionnels Français.

Un des arguments des critiques du PAN était, qu'il y a beaucoup plus de résidus sur le raisin de table que
que dans le vin, où ils seraient éliminés en grande parti par les processus de vinification...,

Aujourd'hui, c'est le MDRGF, qui se trouve assigné en justice, pour avoir publié les résultats d'analyses sur le raisin de table, vendus dans la grande distribution.

Vous trouvez toutes les informations sur cette assignation en justice et l'enjeu pour l'association ici:

Ensemble pour les Génération Futures

Vous pouvez vous faire votre propre opinion en lisant attentivement les pages de ce site - et choisir, comment agir après lecture:-).

On ne trouve pas encore beaucoup de réactions sur ce proces dans la presse écrite, mais je vous conseille la lecture de cet article de blog de Libération: Les raisins de la colère.

Je vous cite une parti du dossier de presse sur cette affaire:



"Pourquoi le MDRGF se retrouve aujourd'hui assigné en justice ?

Pour avoir voulu inciter les gérants de supermarchés à entamer une réflexion sur le problème de la pollution par les résidus de pesticides de certains fruits et légumes conventionnels, le MDRGF se retrouve accusé de dénigrement par des producteurs de raisins produit de manière intensive. Un scandale que nous entendons dénoncer!

Novembre 08 : L’enquête supermarché.

Le 24 novembre 2008, le MDRGF , association sans but lucratif dont l’objet est la défense de l’environnement, publie les résultats d’une grande enquête ciblant les supermarchés et leur politique en matière de résidus de pesticides. La première étape de cette enquête concerne le raisin de table. 5 ONG (dont le MDRGF pour la France) de 5 pays européens font donc tester par un laboratoire allemand, certifié et indépendant, des raisins de table vendus dans des magasins appartenant à 16 enseignes différentes. Les résultats montrent que la quasi totalité des échantillons de raisins issus de l’agriculture intensive analysés contiennent des résidus de pesticides. Le MDRGF dénonçait cette situation comme inacceptable. Plus de détails sur l’étude sur le site du MDRGF.

Février 09 : les producteurs de raisins de table assignent le MDRGF en justice !

Fin janvier 2009, le MDRGF apprend par des journalistes du sud de la France que la Fédération Nationale des Producteurs de Raisins de Table (FNPRT) vient de tenir une conférence de presse avec son avocat pour annoncer qu’ils ont décidé d'assigner en justice le MDRGF pour avoir, selon eux, dénigré le raisin de table. Après cette annonce médiatique, une assignation datée du 2 février devant le TGI de Paris a été transmise au MDRGF. La partie adverse demande au MDRGF la somme exorbitante de 500 000 Euros, la publication du jugement dans 10 médias nationaux, et la suppression du dossier sur notre site Internet, rien de moins ! "



J'espère, que jamais un  organisme vigneron se laissera entraîner par cet exemple scandaleux à des actions similaires!


Par Iris Rutz-Rudel - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mardi 26 mai 2009 2 26 05 2009 16:54
Nous nous sommes connues dans les années 90, quand Brigitte Boulanger et Mané Guell livraient des légumes et fruits biologiques de leur exploitation installé depuis une 30taine d'année sur le plateau aride de Cazedarnes à la petite coopérative de produits bios d'Olargues, que nous avions créé.

 
Mané Guell et Brigitte Boulanger-Guell

Il faisait plaisir, de rencontrer ces deux femmes engagées, qui étaient aussi comme viticultrices en culture biologique, longtemps avant que cela ne deviennent à la mode du jour, à l'origine de la création de la section vins biologiques d'une petite coopérative du Saint Chinianais à Creissan.

À l'époque un fait élogieusement relayé par la presse locale, comme dans cet article du Midi-Libre de 1997:



Mais elles se faisaient aussi déjà remarquer par une prise de position écologique, qui rentrait en concurrence et parfois opposition avec d'autres acteurs du plateau - comme un club de sport ULM  - et étaient bien en avant de leur temps avec des mises en garde contre les défriches agricoles, utiles, mais souvent sans distinction pour la bio-diversité du lieu de leur implantation, aujourd'hui, 12 ans après,  rentré obligatoirement dans les cahiers de charge des subventions agricoles pour ce genre d'installation. Un article de la même époque en témoigne:


Douze ans après, il n'y a plus question d'intérêt divergent dans la presse,


on ne parle plus que de l'exploit d'avoir attiré une compétition "importante pour le championnat de France en ULM" sur les lieux - et Brigitte et Mané voient des nouveau débarquer les bulldozer, qui rasent des arbres sans distinction.


Des luttes d'intérêt et de  différence de sensibilité et engagement écologique sont fréquents dans nos campagnes, me diriez vous, pourquoi en parler sur ce blog?

L'histoire va plus loin pour les deux vigneronnes: en parallel, ils subissent les conséquences de leur comportement d'empêcheur de tourner en rond et on peut lire sur ce blog crée à leur soutient, jusqu'où va la discrimination: http://parolesdevigneronnes.unblog.fr

On leur refuse sous prétexte de formulaire inadéquat le permis de construire un bâtiment agricole, nécessaire à la pérennité de leurs exploitation et d'un agrandissement de leur  mazet d'habitation modeste de quelques mètres carrés.


Vous pouvez lire plus de détail de cette histoire injuste et montrer votre solidarité avec ces deux femmes courageuses en signant la pétition mise en ligne pour leur soutient ici:

http://parolesdevigneronnes.unblog.fr/la-petition/

et si le coeur vous en dit, faites tourner l'information!



Par Iris Rutz-Rudel - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires

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