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Lisson - infos autour de la vigne et du vin - et d'autres choses

préambule au Vendredis du Vin # 28: pourquoi je n'aime pas l'oenotourisme

29 Juillet 2010, 19:59pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

C'est en lisant les premiers articles, qui commencent à arriver sur la page de l'évènement facebook de cette édition des Vendredis du Vin, qui démarre à minuit, en particulier celui d'Olivier Lebaron, qui tient son blog sur Terre de Vin - le portail du vin et du oenotourisme, que j'ai senti comme un petit frisson:

 

"L’oenotourisme, c’est quoi ? La question revient de temps en temps. Ce mot interpelle encore et il faut l’expliquer. La tendance enfle. Tout est oenotourisme. On ne peut plus faire un magazine de vins sans le consacrer à l’oenotourisme !

Ce serait le nouvel eldorado des vignerons ! Pas si sûr ! En attendant, il est légitime que dans les vignobles, le terroir sublime l’univers du vin. Les initiatives se multiplient pour faire rencontrer le touriste et le vin, du banal caveau à la chambre d’hôte en passant par les balades vigneronnes etc…"

 

C'est peut-être le fait de voir pour la première fois le mot "touriste" séparé du mot oenos, qui m'est si familier... Parce que finalement, j'aime plus le passionné de vin, l'amateur de la dive bouteille, que le "touriste" -  peut-être parce que je l'ai déjà entendu de la bouche de nos politiques régionaux il y a bien 25 ans, quand ils ont décidé, de faire de notre arrière pays de l'Hérault un centre du "tourisme social", pour remplacer l'agriculture, jusque là le pilier économique du pays, mais en train de se mourir suite à l'exode rural des derniers 50 ans et aux crises successives des différentes branches de production, à commencer par la vigne, basé sur un système de coopératives surannées, qui n'ont pas su prendre le train de la qualité à temps, pour en convaincre leurs adherants, en parallèle du marron, anciennement fameux, quand il était d'Olargues, mais qui périclitait suite aux différentes maladies et au manque d'entretien, faute de bras - aujourd'hui ressuscité pour des fêtes des village, pour attirer le tourisme de proximité en arrière saison, la cerise, victime d'une suite d'années climatiquement difficiles, qui ont fait perdre des marchés - et les primes à l'arrachage, celle des années 80, contre la surproduction, qui ne se passait vraiment pas sur ces coteaux arides de la vallée du Jaur et de l'Orb, et celle d'aujourd'hui - toujours même drame: ce sont les meilleurs terres en termes qualificatifs, qui s'arrachent - tombent en friche ou sont transformés en terrain à bâtir, s'ils se trouvent à proximité du village...

 

Résultat chez nous: l'agriculture se meure, les chambres d'hôtes, campôtels, gîtes et même restaurants, ouverts que l'été, poussent, mais souvent monté et géré par des gens venus d'ailleurs, et les touristes, que cela attire, font comme eux: ils achètent leur nourriture et leur vin aux super et hypermarchés à 25 km, où les prix sont plus sociaux que sur le marché ou chez le petit producteur du coin.

 

C'est Michel Smith, sur son blog pourlevin, qui me réconforte encore ce matin dans mon sentiment mitigé par rapport au terme barbare de ce mot oenotourisme, mis à toutes les sauces du marketing aujourd'hui - et qui en plus est le nouveau remède miracle, subventionné, si vous le faites "bien", selon des chartes et des standards pour votre caveau de dégustation, (on vous cite souvent l'exemple de la Californie) bientôt (déjà) inclus dans des tours opérateurs des agences de voyage - avec des vignerons comme gentils animateurs, des "villages vignerons", des spectacles -

 

Bon, je me calme, je suis sure, qu'il y aura plein de récits de visites chez "le" vigneron passionné, faites par des amateurs passionnés, des rencontres inoubliables avec des hommes/femmes et leurs vins, qu'on va pouvoir lire aujourd'hui chez les Vendredistes, qui vont me contredire - mais j'ai bien trop peur, que cela sera comme pour le "bio" ou le "naturel": que le fait d'en faire un hype, une mode, donner des recettes, passer par des agences spécialisés...   va galvauder l'idée de base: celle d'une rencontre à l'échelle humaine, entre des individus, unique, chaque fois différent et enrichissant - comme un bon vin....

 

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Hub 31/07/2010 13:37



Le débat est intéressant. Pour ma part, je distingue l'oenotourisme, concept marketing dérivé du tourisme, du voyage et de la rencontre, qui eux peuvent se passer du marketing.


 



Iris Rutz-Rudel 01/08/2010 12:55



Je partage bien ta distinction, Hub, comme tu as plus peut-être lire entre temps dans mes articles suivants:-). ici et là.


Mais je suis bien contente d'apprendre par les différents commentaires ici et ailleurs, que je ne suis pas toute seule avec mon malaise:-)



daniel faure 30/07/2010 22:56



Qu'est ce que l'oeno tourisme ?


une façade, une parade, un pis aller ... un nouveau genre de rapport avec le client, de vigneron, on devient "guide touristique" ou restaurateur.
Pour faire de l'oeno tourisme il suffit d'avoir 1 ha de vigne devant sa porte et servir le repas avec du vin "de la vigne d'içi là devant" ; faire de l'oeno tourisme c'est se transformer en
restaurateur occasionnel. J'ai un voisin qui fait de l'oeno tourisme sans le savoir : un bon repas campagnard : salade, terrine, sanglier roti,fromage de chêvre, vin du domaine pour 15 euros. Il
doit refuser du monde (150 personnes maxi) ... et pourtant il vend de 400 à 600 bouteilles par "journée".


On a pas le choix ... et Il a tout compris.
J'organise aussi des balades dans les vignes tous les jeudis matin à 10h ; les gens sont très interréssés par la démarche d'un vigneron; à 11 h 30 au terme de la balade, on déguste in situ
 les vins. Les ventes qui suivent sont médiocres (250 à 300 euros ttc);


Je prends beaucoup de plaisir à parler de la vigne et du vin et à rencontrer des gens que cela interresse, mais je suis las : aujourd'hui il faut être commercial et pas vigneron; cela
m'insuporte... 


 



Iris Rutz-Rudel 01/08/2010 13:06



Comme vous dites vous même, Daniel, votre voisin a "tout bon", si on suit le concept, que vos inbstances d'appelation et les autres organismes vous prêchent - et je vois, que vous aussi, vous,
vous vous y êtes mis quand même.


250 à 300 €/en ventes par visite guidé avec dégustation, ce n'est pas rien:-). Même si je sis, qu'il faut enlever les taxes et les frais de production de la somme, ainsi que les bouteilles
ouvertes  pour la dégustation (gratuite, je supconne?). Vu le prix moyen de votre gamme, cela laisse penser, que vous vendez quand même 40 à 60 bouteilles chaque fois?


J'aime bien votre blog, que vous avez confié à une spécialiste, si j'ai bien lu, ainsi que le repositionnement de votre gamme (plus élargi par le haut), si je compare avec le vieux site, la liste
des prix et les déscriptions, qu'on trouve aussi  encore sur Internet.


Je redonne l'adresse de votre blog avec l'annonce des visites:


http://www.puechcampblogspot.com/


Vous aviez oublié un . dans l'adresse en bas de votre commentaire ici:-).


Je me suis d'ailleurs permis de vous cité dans la deuxième partie de mes articles sur l'oenotourisme.


 



tiuscha 30/07/2010 11:50



Pas faux lisson, dès lors que c'est marketé, communiqué, écrit, on perd la dimention humaine, parfois, mais pas toujours, heureusement. Raté encore ce VdV, j'aurais pu parler de"musique dans les
vignes", mais je n'y suis allée qu'une fois, il y a longtemps, quand j'étais encore ici une touriste, depuis, je suis un peu comme le parisien qui ne met jamais les pied au Louvre... A ma
décharge aussi cet été, on cumule les galères avec notre vieille voiture et on est un peu scotéchés à la maison...



Iris Rutz-Rudel 01/08/2010 13:09



au moins je supconne, que tu bois encore du vin au repas, Tiuscha, et que tu continues à t'y intéresser, comme témoigne ce commentaire:-).


Je te souhaite, que tu te sors vite des galères, bon été


amicalement


Iris



Septime 30/07/2010 10:27



Bonjour,


Il y a dans le Monde Diplo de ce mois un article intéressant sur la paupérisation des zones rurales. Il ne traite pas d'oenotourisme mais complète ton discours. Une campagne en voie de
désertification qui survit que par le tourisme estivalier. Ces villages deviennent des miroirs aux alouettes où les faibles revenus fuyant les centres villes (Montpellier et Ganges dans l'exemple
traité) s'installent. Mais le tissu économique a disparu et ils ne trouvent que précarité.


Se servir de l'oenotourisme de façon incantatoire même si au niveau local cela a un certain attrait peut être plus pernicieux. Le touriste ne construit pas une économie viable toute l'année.


Septime



Iris Rutz-Rudel 01/08/2010 13:11



T'as tout à fait compris la teneur de mon billet, Arnaud! Je serais d'ailleurs intéressée par cet artcile, que tu cites, est-ce qu'il est consultable en ligne quelque part?