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Lisson - infos autour de la vigne et du vin - et d'autres choses

Tournage à Lisson

17 Novembre 2005, 20:35pm

Publié par Iris Rutz-Rudel

Plusieurs jours sans nouvelles de Lisson et de ces habitants – il y a une raison, même plusieurs raisons à cela :

D’abord le climat : encore une alerte orange de météo France pendant 3 jours : pluies abondantes et orages (voir Singing in the rain et quelques détails climatiques) – le même scénario comme il y a un mois, troisième déluge avec des trombes d’eau et des forts orages en 2 mois – les réserves en eau pour la saison prochaine sont acquises….  La source coule de nouveau bien et les sols sont tellement gorgés, que le niveau des ruisseaux et rivières remonte en deux fois trois mouvements.

Toujours peu de dégâts à Lisson, point de ravines, quelques murs de plus écroulés par-ci par-là et des grosses flaques à éponger dans l’atelier après une nuit d’orage, mais cela n’est pas nouveau. Les cuves à l’étage et les barriques et bouteilles à la cave sont au sec – donc pas de soucie de ce côté là.

C’est la ligne de téléphone, qui a de nouveau pris la foudre à plusieurs reprises – la première nous a surpris et depuis 4 jours, l’ADSL ne fonctionne plus, donc plus d’accès rapide et facile sur le Net, ce qui explique la retenu sur le blog. Mais après une demi-douzaine d’appelles avec les services de wanadoo et France Télécom  (0,34€ la minute, vous connaissez tous le couplé des files d’attente, des numéros à taper et des conversations à recommencer avec votre sixième interlocuteur d’un centre d’appelle – les 48 heures, qui deviennent 72, le technicien, qui va se déplacer, restez à côté de votre téléphone, il va vous contacter… « We can be heroes » est le tube de ces derniers jours…)

Et au beau milieu de tout cela la visite d’une équipe de tournage pour une émission qui va passer à la télé en janvier 2006. C’est le sympathique couple de l’Auberge de la Jasse, Stéphanie et Valérien, qui vont être au centre de l’émission et qui présentent leurs amis et fournisseurs, le maraîcher bio, qui fait pousser les légumes, l’éleveur, qui fournit les fromages, et aussi les vignerons de Lisson et leurs vins. Ils sont d’ailleurs les seuls restaurateurs du Languedoc à les avoir sur leur carte – au moins à ma connaissance.

Une visite du réalisateur (Alexandre Joannides, un joli nom grecque, mais originaire de Bourgogne, donc amateur de Pinot !) il y a deux semaines avait permit de mettre en place un script pour le tournage – visite du vignoble style « Balade sur la colline de Lisson », décuvage et travail du pressoir et dégustation à la cave – le tout pour une petite séquence dans la future émission.

150 à 200 mm/cm² d’eau la vieille me laissaient songeuse sur la date choisie – de toute façon : pas question de décuver et de toucher au vin avec un temps de marin pareil ! Il va falloir improviser – si le niveau du ruisseau a assez baissé pour laisser passer la caravane…

J’étais très pessimiste en me couchant lundi soir et je le restais toute la nuit en écoutant le concert des torrents et le bruit de la pluie, qui tambourinait encore plusieurs heures sur les toits.

Je me réveille toute cassée le matin – des brumes dans la tête, éviter le regard dans la glace, c’est mieux – et des brumes devant la porte, mais miracle, la pluie a cessé, encore quelques coups de serpillière dans l’atelier, éponger la table et les bancs sous le cerisier et on commence avec un pique-nique improvisé et arrosé d’une bouteille de Moulenty 2000, Merlot en pleine forme (la bouteille et son contenu – pas moi !).

Ensuite au boulot : Valérien m’accompagne à travers les terrasses sur la colline – les micros accrochés aux revers – les techniciens avec la lourde caméra, le trois-pied, la perche pour le son avec sa fourrure, et l’équipement son en bandoulière nous suivent dans la monté, nous prennent du dos, nous devancent, pour nous voir arriver de plus bas - stop, repartez, stop, encore une fois, plus à gauche, plus à droite – et ne jamais regarder la caméra.




Au bout d’un moment, c’est facile – Valérien découvre le paysage en bas, les différents cépages et conduites, pose des questions, c’est comme les autres ballades avec des visiteurs, qui découvrent les vignes pour la première fois. C’est seulement quand il faut reprendre un passage, recommencer un commentaire, que nous sentons, que nous ne sommes pas des professionnels. J’ai du mal à redire la même chose deux fois, donc j’improvise, change le point de vu, me rende compte, que je manque un peu de souffle (cela grimpe parfois dans les « échelles »), que le timbre de ma voix est plus pressée que d’habitude, que je fais des grands gestes (comme d’habitude !), pas cool, que je trébuche sur un mot « difficile », comme la vraie éstrangère que je suis.

… et je m’éparpille, trop longue, pas assez concis, trop de détail – dans la vraie vie, ce n’est pas grave, on peut reprendre une question plus tard, autour de la table, illustrer une idée en guidant le regard de l’autre, ici, c’est l’emplacement de la caméra, qui devrait guider notre regard. Je manque de discipline – et là, je le regrette.





Au bout de 2 heures et demi la ballade est accomplie – les techniciens sont contents de regagner du terrain plat et nous posons à la table devant la porte pour une autre séquence, tant que la lumière est bonne – question : le mode de culture, bio, biodynamie ou quoi – et pourquoi pas certifié .. encore un sujet qui pourrait remplir une heure de discussion.. ici à traiter en deux minutes. Au moins  un verre d’eau de notre bonne source, pour se mouiller le gosier.

Entre temps, l’éclairagiste a installé sa lumière dans la cave – nos installations 12 volts à l’économie ne suffisent pas aux exigences du tournage. J’ouvre une bouteille du Clos du Curé 2003, donc du Pinot Noir et suis censée commenter mon vin.  Autre piège, parce que j’ai toujours beaucoup de mal à commenter mes propres vins. Je sais, comment je les aie fait, comment ils ont évolués de la vigne jusqu’à l’élevage dans les barriques, je décide du moment de la mise en bouteille et après, je préfère les oublier un long moment.

Je sais d’avance, que le vin va être fermé, c’est un jeunot, ce 2003, on sent sa puissance, mais la structure n’est pas encore totalement en place, l’élevage en barrique est encore présente, je devrais parler de la patience, qu’il faut pas seulement pour le faire, mais aussi pour ensuite attendre, qu’il se fasse, qu’il suit son chemin, pour arriver à cet équilibre, qui un jour en ferra un grand vin. Tout cela, en ce moment dans la cave, je le sais, je le sens, les éléments sont là, devant moi dans ce verre, mais son moment de vérité n’est pas encore venu – mais dire cela avec assurance me semble grandiloquent, donc je ne le dis pas – d’ailleurs, je ne sais plus, ce que j’ai dit.

Bon, encore un éclairage spécial sur la voûte et le rocher au fond, c’est beau comme cela – un instant je pense, que c’est peut-être vraiment cette partie de la maison qui existait déjà en 1482, quand on parle pour la première fois de Lisson dans des papiers, qui se trouvent aux archives de Montpellier.

Nous sortons de la cave, la nuit tombe bientôt – tout le monde est fatigué, 4 heures pour 5 minutes, quel travail !  La caravane s’en va – et je reste derrière avec l’impression, que c’est maintenant, qu’il faudrait tout commencer, je saurais mieux, quoi dire et quand, c’est maintenant, que mes idées sont de nouveau en place, que le trouble s’est décanté et que les phrases justes me reviennent.



Je n’ai pas parlé du terroir, du rêve de Claude, qui était à l’origine de l’aventure, de faire un grand vin sur cette colline, des années passées en préparation, dans nos têtes, à l’école, sur le papier et finalement dans le terrain – presque un an de défrichage, d’analyses avec Claude Bourguignon, qui s’extasie dans le Cirque des Cèdres devant la richesse microbienne de cette terre, qu’il compare à la Coulé de Serrant, des préparations, des tonnes de cailloux, de ce schiste flychoide, qui oscille de toutes les couleurs, sorti du terrain en montant sous un soleil ardent, des journées, que Claude a passé à briser ces plaques à la masse, pour pouvoir passer la charrue à treuil, sillon après sillon, pour monter la terre et tenir le sol propre, le temps que les jeunes racines se frayent leur chemin en profondeur.  La peine des premières années, une période de sécheresse, sans pouvoir acheminer l’eau, qui aurait pu sauver les jeunes plants, jusqu’en haut de la colline, à compter les plants, qui n’avaient pas résisté à cette épreuve. Les journées passées courbé dans la pente, pour arracher à la main l’herbe autour des pieds. La déception aux premières récoltes, de revenir avec l’équivalent d’une comporte sur 1,5 ha, le reste dévasté par les sangliers.  « La cuvée de la clôture », le 1997, un Pinot et un Mourvèdre, mis en bouteille pour avoir un vin à vendre qui aide à financer cette fameuse clôture électrique, installée sur un kilomètre et demi à travers 14 terrasses, ancrée dans le roque, pour sauver le raisin – et son peu d’efficacité face à l’assaut de la sauvagine constaté par la suite.

La mise en bouteille après 24 mois d’élevage en barriques du 1996, 900 bouteilles, et mon horreur devant cette soupe de chêne – et l’émerveillement aujourd’hui devant le vin mûr, épanoui de ces mêmes bouteilles, devenues trop rares dans ma cave. La preuve, qu’il n’y a pas que du slow-food, mais aussi du slow-drink – qu’il faut laisser le temps au temps et au vin de Lisson, pour que le jeune sauvage viril se transforme en homme mure, plein de force, mais assagi par les années.

Claude serait fier de ce résultat – et Klaus, qui m’épaule depuis sa mort, m’aide plein d’énergie à continuer et améliorer cette quête du vin, qui  me remplit de bonheur. Ce vin, qui n’était qu’un rêve, il y a 20 ans, ces vignes arrachées aux terrains incultes depuis 50 ans, plantées selon nos idées de qualité, de travail respectueux de la terre et de la faune et flore autour, raisin ramassé et vinifié avec passion et patience, année pour année – je l’aime, ce vin de « bonne » table.


Mais malgré que je ne sois pas contente de ma prestation devant la caméra, j’ai quand même appris quelque chose pendant ce travail de tournage et déjà je regarde chaque petite séquence d’un reportage ou filme d’un autre œil – un peu comme pour un vin, que je goûte : j’aime analyser, comment c’est fait et ce regard analytique, qui accompagne le simple : cela me plaît ou cela ne me plaît pas, augmente mon plaisir et me laisse plus estimer le travail, qui se cache derrière le résultat.


Et pour boucler la boucle de ce mot : France Télécom nous annonce encore 48 heures d’attente avant un passage du technicien – à suivre….










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Olif 18/11/2005

Passionnantes, les aventures d'Iris et de Lisson à la télévision! ça passera sur quelle chaîne?
Sinon, j'ai du mal à imaginer que vous preniez toute cette eau sur la tête ces derniers temps, le Jura est toujours au régime plutôt sec! Heureusement, le froid et les premières gelées font leur apparition. Premières poudrées de neige sur les sommets, également, un temps un peu plus de saison, quand même!

Dupéré Barrera 21/11/2005

Bonjour Iris,

elle est très bien écrite ton histoire... A quand un livre ?

ben de l'émission radioblogs 22/11/2005

tres sympa ton blog vien nous en parler a la radio envoi nous un mail avec ton numéro de portable et le lien de ton blog pour venir en parler ce soir sur radioblogs@europe2.fr

DELMAS sommelier 27/11/2005


Bonjour Iris,

Quel courage, pour le tournage ! Et oui, il faut consacrer près d'une journée pour 5 minutes d'un reportage qui se dévoilera sans doute trop court !

Je te souhaite une bonne journée, en attendant que tu nous en dise plus s'agissant de l'émission.

PS: Merci pour ton lien, je viens tout juste de m'apercevoir que tu l'avais mis. Cependant, il semblerait que tu aies mis 2 fois le HTTP://, ce qui amène vers une page d'erreur.

A bientôt,

Emmanuel